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jeudi 21 juillet 2016

Tahoe Rim Trail 100 Miles Endurance Run: un aperçu du paradis, un avant-goût de l'enfer!




Le week-end dernier (16-17 juillet), j'ai pris part à ma cinquième course de 100 Miles (101.5 Miles pour être exact) et non la moindre, la Tahoe Rim Trail Endurance Run. Une course avec des paysages magnifiques longeant le titanesque Lac Tahoe mais avec un dénivelé costaud (7 386 mètres). En ce sens,le slogan de cette course est plutôt bien choisi: ''A glimpse of heaven, a taste of hell''. Traduction: un aperçu du paradis, un avant-goût de l'enfer.

La course a lieu a proximité de Carson City (Nevada) et se déroule entre une altitude de 7000 (2135 mètres) et 9000 pieds (2745 mètres), ce qui a ajouté également un niveau de difficulté supplémentaire puisque je n'ai pas eu la chance de m'acclimater à l'altitude.

Les sentiers empruntés au Tahoe Rim Trail sont de type single track, sableux et poussiérieux. Le niveau technique du sentier est faible avec quelques petites roches à l'occasion. Les coureurs effectuent deux boucles de 80.5 km lors de cette course.

Voici un lien pour un aperçu du parcours qui vous donnera une bonne idée:
APERÇU DU PARCOURS

Ce lien vidéo qui dure environ 30 minutes m'a également été très utile dans ma préparation. Il s'agit du récit de course en extrait vidéo d'un sympathique coureur à l'accent italien qui a fait la course en 2015: LIEN VIDÉO

VOYAGE:

Lorsque j'ai choisi cette course (ou que cette course m'a choisi devrais-je plutôt dire puisque pour y entrer, je devais passer par un processus de lotterie), je trouvais qu'il était intéressant de pouvoir jumeler des petites vacances puisque plusieurs belles villes californiennes se trouvent à proximité.

Nous avons donc décollé de Montréal lundi le 11 juillet, ma conjointe Véronick et moi, en direction de Sacramento en Californie.

Le lendemain (mardi 12 juillet), nous avons pris la route pour aller visiter des vignobles dans la vallée de Napa. Le mot d'ordre était de goûter de manière raisonnable puisqu'un gros défi m'attendait le week-end suivant. En premier lieu, nous avons visité le vignoble Inglenook qui est le troisième vignoble le plus ancien dans la région de Napa. Un site magnifique avec un château, des fontaines d'eau, un petit bistro et de l'excellent vin.






I could get used to this life...

Suite à cette visite, nous sommes allé visiter Holman Cellars, un second vignoble (qui était plus un centre de production de vin). Les deux vignerons nous ont fait déguster plusieurs vins (qui étaient excellents également) et nous ont donné beaucoup d'informations sur les étapes et le processus de production. Ce fut une rencontre intéressante et sympathique!

Le mercredi matin (13 juillet), nous sommes allé faire une petite course dans les Marin Headlands, de l'autre côté de San Francisco. Ce site accueille le North Face Endurance Challenge San Francisco. Une belle petite course vallonneuse, parfaite comme activation pré-compétition.

En après-midi, nous sommes allé visité San Francisco et quelques-uns de ses principaux attraits: Union Square, tour de Tramway, Quai 39 et souper dans un bon restaurant.


Union Square


Magnifique vue sur la baie de San Francisco, du haut de Lombard Street. 


La très célèbre Lombard Street


Alcatraz


Quai 39

Le jeudi (14 juillet) était une journée consacrée à se rendre à Carsom City au Nevada ou a lieu la course. Nous avions décidé d'aller jeter un coup d'oeil aux différents endroits où Véronick pouvait me voir pendant la course afin de la rassurer et qu'elle puisse s'y rendre plus facilement le samedi. Le GPS nous a donc fait passer du côté ouest (californien) du Lac Tahoe. En roulant sur l'autoroute, j'aperçois une pancarte avec la ville d'Auburn qui se trouve à quelques miles. Il s'agit du site d'arrivée de la très célèbre Western States Endurance Run (le marathon de Boston du 100 Miles). Nous décidons d'aller y faire un petit tour, histoire de faire le plein d'inspiration. À première vue, on peut penser qu'il ne s'agit que d'une banale piste d'athlétisme d'un High School américain mais ce site est chargé d'histoire et d'émotions. Je n'ose pas trop aller me promener sur la piste. J'aurai l'occasion d'y aller par la grande porte un jour... 




Un peu plus loin sur la route, nous passons près de Squaw Valley (qui est un centre de ski), site du départ de la Western States et site des Jeux Olympiques d'hiver de 1960. Pourquoi pas y arrêter également?



Nous longeons ensuite le Lac Tahoe pour nous rendre au centre de ski Diamond Peak (qui sera le ravitaillement des km 48 et 128 lors de la course). Nous aurons donc deux fois à monter cette pente de ski qui a une portion avec une pente de 40% sur près d'un mile. Un défi doublement costaud m'attend (et je ne savais pas à quel point à ce moment là...).


Nous nous sommes ensuite rendus à l'hôtel de la course où j'ai pris soin de placer tout mon équipement pour la course et de préparer mon drop bag qui serait à remettre le lendemain (vendredi).
En soirée avait lieu le ''meet and greed'', un petit happening se déroulant dans un sympathique pub qui avait pour but de réunir les coureurs et de répondre aux questions.

Le vendredi (15 juillet), c'était la veille de la course. Je commençais sérieusement à être nerveux et excité. Bref, j'avais la chienne. Courir 100 miles est une grosse commande et malgré l'entraînement et l'expérience, rien n'est acquis dans une telle épreuve. Il faut l'aborder humblement et respecter cette distance titanesque.

Après avoir déjeuner et fait une petite trotte d'activation de 3 km avec Véro, je suis allé m'enregistrer et me faire peser.  Les pesées ne sont pas systématiques pendant la course. Elles seront sur demande de l'équipe médicale si celle-ci juge que l'état d'un coureur se dégrade et qu'il y a lieu de vérifier le poids. Mon # de coureur sera le 84. Je vais porter mon drop bag à l'endroit désigné. J'opte pour un seul drop bag à la station Tunnel Creek où l'on passera au total 6 fois (3 fois pour chacune des boucles).

Pour m'aider à bien gérer mon effort, rester dans le moment présent et me donner une idée de mes temps de passage, j'utilise une ''pacing chart'' en bon français. Cela me permet de me faire différents scénarios de temps totaux selon ma progression sur le parcours. La ''pacing chart'' est fait selon une progression constante. Il ne faut donc pas oublier qu'on est à la merci des côtes et dans d'autres cas de sections plus techniques. Cela donne toutefois une bonne idée générale et me permet d'aborder la course un ravito à la fois.




J'arrête également au petit kiosque avec des vêtements à l'effigie de la course pour m'acheter des guêtres (qui matchent parfaitement avec mes souliers) et un buff.


Un autre coureur québécois prenait part à la course, Guy Brouillette (Brew pour les intimes). J'ai passé beaucoup de temps avec Guy avant la course. Ce fut un énorme plaisir d'échanger avec lui avec sa bonne humeur contagieuse, sa passion pour les ultras et la course en sentier et son esprit analytique.

Plus tard dans la journée avait lieu la réunion d'avant-course. Le directeur de course, Georges ''the squirrel'' Ruiz est un sympathique personnage et nous expose les règlements et les grandes lignes de la course. Il affirme que malgré le fait que la course se divise en deux boucles de 80km, la seconde boucle qui sera faite en partie (ou en totalité pour les gazelles) de nuit sera complètement différente.

Ensuite, souper dans un resto italien avec Véro, Guy et sa femme (Lucie) et dodo de bonne heure (8 heures dans mon cas). Ça me prend quelques heures avant de m'endormir puisque je ne fais que penser à la course.


L'AVANT-COURSE:

2 h 00 du matin: le cadran sonne! Je m'habille et je vais déjeuner. Guy vient me rejoindre avec son kilt et son air serein et calme.

Je retourne ensuite à la chambre où ma douce dort encore pour aller chercher mon sac d'hydratation et faire une caresse à Véro. Je ne la reverrai qu'au km 48, au ravito de la station de ski Diamond Peak.

L'organisation de la course a organisé un service de navette (autobus coach) pour se rendre de l'hôtel au départ à 3 h 15. Je m'assois donc avec Guy et nous jasons de tout et de rien (ok, surtout d'ultras ;) ). On est passionné ou on l'est pas... Lorsque nous arrivons à Spooner Lake où a lieu le départ, la température est beaucoup plus fraîche qu'à Carson City. On est plus haut en altitude. J'en profite pour enfiler un petit coupe-vent léger afin de conserver ma chaleur. J'opte également pour le porter jusqu'au levé du soleil ou jusqu'à ce que la température soit plus confortable.


Guy et moi avant le départ! Excités et motivés!

Avant le départ, je prend un petit café dans le runner's lounge et discute avec Guy et d'autres coureurs. Ça passe rapidement, malgré le froid et à 4 h 50, nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Georges (directeur de course) fait jouer l'hymne nationale version guitare électrique. Avant de me séparer de Guy pour aller me placer plus à l'avant, j'aperçois une tente près de la ligne de départ. Je demande à Guy ce que c'est ?!? Il s'agissait d'une tente chauffée pour accueillir les coureurs frileux! Il fallait le dire avant!

Je souhaite bonne course à Guy et me dirige un peu plus en avant mais pas trop quand même. Je ne veux pas partir trop vite et je suis loin de prétendre à un temps de gazelle.


DÉPART À HOBART (0 - 11.3 km):

Le départ se passe assez smooth. Nous faisons environ un mile sur un chemin de terre large assez plat pour finalement dans les sentiers de type single track. Le sentier monte graduellement (en switchbacks) et il est tentant de courir certaines portions peu pentues. Je demeure toutefois conservateur car je sais pertinemment que ce sera une longue journée au bureau. Dès les premières montées, je sens que mon souffle est un peu court. Effet de l'altitude? Il semblerait que oui!

Après plusieurs kilomètres, le lever du soleil et une petite section en descente, nous débouchons sur une route forestière près de Marlett Lake. Cette route monte graduellement alors j'alterne marche et course selon l'angle des pentes. Je possède tout de même un bon rythme et je jase avec plusieurs autres coureurs. Les traditionnelles questions sont de la partie: Est-ce ton premier 100 miles? As-tu déjà couru TRT100? De où viens-tu? (On remarque l'accent québécois!)

Après environ 1 h 30 de course, j'arrive à la station Hobart. Je prend un petit biscuit au chocolate chips. Je ne rempli pas mes bouteilles puisque j'en aurai assez jusqu'à la prochaine station: Tunnel Creek située 8 km plus loin.

HOBART À TUNNEL CREEK (11.3 km - 19.3 km):

S'en suit  une montée qui me mène au sommet de Marlett Peak, où on a une vue imprenable sur le lac Marlett et le lac Tahoe. C'est tout simplement magnifique! Croyez-moi, la photo ne rend aucunement justice à la grandeur du paysage!


La section de parcours entre Hobart et Tunnel Creek, après la montée de Marlett Peak est en pente descendante avec quelques switchbacks. C'est une section assez rapide et il serait facile de s'emporter. Je décide de trotter à un rythme conservateur et je me fais passer par plusieurs coureurs. C'est ma course après tout! Moi contre moi! J'ai beaucoup de plaisir dans cette descente et plusieurs splendides points de vue s'offrent à moi de part et d'autre du sentier.

J'arrive assez rapidement à Tunnel Creek. Je n'ai même pas le temps d'arriver qu'une gentille bénévole me demande si j'ai besoin de mon drop bag et une autre me demande si elle peut remplir mes bouteilles d'eau. Wow! Ça c'est du service! Je prend ma crème solaire dans mon drop bag et en applique. Je suis très sensible au soleil et il n'y a pas l'ombre d'un nuage à l'horizon. Je vais ensuite à la table de nourriture ou je prend un morceau d'orange et deux petit morceaux de patate. Cette station est un des centres névralgiques de la course puisqu'on y arrête souvent. Il y a une ambiance incroyable avec de la bonne musique et des bénévoles en feu. Pour le reste de la course, j'aurai toujours hâte d'y arriver...

Je suis fin prêt pour amorcer la ''Red House Loop'', une boucle d'environ 10 km avec un ravito au milieu qui nous amène au point le plus bas du parcours et qui nous ramènera en haut, à Tunnel Creek.

TUNNEL CREEK À RED HOUSE (19.3 km à 24.1 km):

La descente commence de façon très à pic et je me laisse aller (sans toutefois aller trop vite). S'en suit une petite montée et une section assez roulante qui mène au ravitaillement de Red House. Le rythme est bon et ça passe rapidement.

RED HOUSE À TUNNEL CREEK (24.1 km à 29.8 km):

Après Red House, ça remonte un peu avant d'atteindre une autre section roulante pour finalement connecter avec la grosse descente initiale qui est maintenant une montée. On croise les coureurs qui descendent et tout le monde s'encourage mutuellement. Je croise plusieurs dossards bleu du 55km et du 50 miles et quelques dossards rouge du 100 miles.

La montée se passe bien. Je pèse sur mes genoux en power walk pour me donner un bon rythme.
La musique se fait entendre au loin, signe que j'approche de Tunnel Creek.

J'arrive à la station au rythme endiablé de CAN'T TOUCH THIS!  (pour une pleine expérience de ce résumé de course, faire jouer la musique s.v.p.) Comment ne pas être de bonne humeur?

Je rempli mes bouteilles à nouveau et je mange un petit quelque chose (pardonnez mon oubli...)!

TUNNEL CREEK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (29.8 km à 34.6 km):

Cette section qui comporte des ups and downs fut particulièrement pénible. J'ai des étourdissements et des petits hauts-le-coeur. Bref, je ne me sens pas bien. Le mal de l'altitude fait son oeuvre et ça sape un peu le moral. Début d'un assez long passage à vide. J'ai l'impression de ne pas avancer alors que je maintien tout de même un rythme satisfaisant. j'alterne marche et course selon le dénivelé et je fini par rejoindre Bullwheel, une station avec une vue superbe. Station qui ne comporte que de l'eau et quelques collations.

Je rempli moi-même mes bouteilles d'eau pour apprendre qu'il ne s'agit pas de l'eau mais de l'EFS, boisson électrolytique (équivalent du Gatorade avec un goût salé). J'ai entendu des histoires d'horreur sur cette boisson de coureurs qui ont eu des problèmes d'estomac. Je n'en aurai pas! De toute manière, je n'ai pas le choix puisque des bénévoles sont partis se réapprovisionner en haut. La station se trouve près du sommet de la montagne de ski Diamond Peak et toutes les cruches d'eau ont été montées par le remonte-pente.

Je prend une barre snickers légèrement fondue et je poursuis mon chemin.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À DIAMOND PEAK (34.6 km à 48.3 km):

Cette section fait 13,7 km et représente le plus long segment du parcours. Je ne me sens pas beaucoup mieux, tellement qu'une pensée d'abandon me traverse l'esprit. Je dois rester patient et avancer, ça finira surement par passer. Les 7 premiers kilomètres sont relativement plats et j'alterne marche et course. Je fini par arriver à un croisement ou un spectateur m'indique que Diamond Peak est situé à environ 6 miles et quart (environ 6.8 km) et que la section est toute en descente.

J'amorce la descente et je commence à me sentir un peu mieux. La descente se passe bien et est même plaisante. Je sais aussi qu'en approchant Diamond Peak, je verrai ma belle Véronick. Je lui avais toutefois dit de s'y rendre pour midi et selon ma progression, je risque d'y être un peu avant. J'en profite pour ralentir et marcher un peu. Je me dis également que Véro a surement vérifier le lien avec le ''live timing'' et qu'elle s'y est probablement rendue plus tôt. Je croise un ruisseau et la coureuse qui me précède profite de l'occasion pour tremper sa casquette dans l'eau fraîche. Il commence à faire chaud. Quelle bonne idée! Je l'imite et ça fait du bien.

Je fini par arriver à Diamond Peak vers 11 h 50 et la première personne que j'aperçois est Véro. Je suis tellement heureux de la voir et c'est réciproque. Elle a l'air toute excitée pour moi! Je lui dis que l'altitude m'a affectée mais que la dernière descente a bien été.

Je rempli mes bouteilles d'eau et mange un morceau ou deux de melon d'eau. Véro m'aide à mettre de la glace dans mon bandana placée dans mon cou afin de baisser ma température corporelle.


DIAMOND PEAK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (48.3 km à 51.5 km):

J'embrasse ma douce, lui dit que je l'aime et j'amorce la montée la plus coriace du parcours, la pente de ski de Diamond Peak, 3.2 km jusqu'au ravito de Bullwheen situé au sommet. Ce n'est pas très pentu au début. Il n'y a pas de quoi s'affoler. Après environ 1.5 km, j'arrive à une section extrèmement à pic. Une pente de 40% sur environ un mile. Chaque pas est calculé et la surface est sableuse et instable. Je glisse parfois et j'essaie tant bien que mal de mettre les pieds dans des traces de coureurs qui sont déjà passés par cette galère. Le bandana avec la glace me rafraîchi!

Voici deux photos de cette montée. Le seul soulagement est la vue derrière. Le lac Tahoe est plus grand que nature et c'est la récompense ultime pour cette souffrance.




Je fini par rallier le sommet et une mini-descente me mène à Bullwheel. Dire qu'il va falloir refaire cette montée une deuxième fois dans un peu moins de 80 kilomètres. Vaut mieux ne pas y penser!

Je rempli mes bouteilles avec de l'eau, mange un petit quelque chose et repars pour une section de 4.8 km en direction de ma station préférée Tunnel Creek.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À TUNNEL CREEK (51.5 km à 56.3 km):

Rien de spécial à noter dans cette section... Ah oui, je commence en marchant parce que je suis relativement torché de la montée de Diamond Peak. Je reprend la course graduellement selon les aléas du sentier. Je croise également plusieurs cyclistes sur des vélos de montagne, ce qui me force régulièrement à m'arrêter pour les laisser passer. Heureusement, après Hobart il n'y en aura plus.

J'arrive à la station Tunnel Creek sous la musique de BOMBS OVER BAGHDAD (faire jouer la musique) du groupe OUTKAST. Ça me rend de bonne humeur et j'en ai même des frissons. Je vais mieux et je ne voudrais être nul part ailleurs. Je dis aux bénévoles que c'est une méchante station de party ici.

Ravitaillement (et glace dans le bandana) et on repart pour une plus longue section de 8 km, de retour jusqu'à Hobart. Cette section étant en descente à l'aller sera en montée sur le retour.

TUNNEL CREEK À HOBART (56.3 km à 64.4 km):

Durant ce segment, j'ai maintenu un bon rythme de marche et j'ai mis un peu moins de deux heures (à ma mémoire) pour atteindre Hobart.

J'avais croisé une plaque de neige à l'aller et je décide d'arrêter et de la prendre en photo. C'est une des très rares que l'on peut voir sur le parcours.




La station Hobart comporte une section bar avec des shooters de whisky et de la bière. Bonne idée mais non merci! Après la course, je m'y donnerai à coeur joie! ;)

HOBART À SNOW VALLEY PEAK. (64.4 à 69.2 km):

Je repars de Hobart et distraitement je tourne à droite sur un chemin de terre plus large. 150 mètres plus loin, une coureuse me cri que je suis dans la mauvaise direction. Un énorme merci! Je reviens sur mes pas et je commence l'ascension graduelle me menant vers Snow Valley Peak. Avec Diamond Peak, Snow Valley Peak est également l'un des points les plus élevés de la course à 9000 pieds d'altitude. La montée se passe bien et lorsque je dépasse la ligne des arbres, c'est assez venteux sur les crêtes menant au ravitaillement.

J'arrive au ravitaillement et les bénévoles, comme toujours pendant cette course, s'occupent bien de moi. On rempli mes bouteilles et on m'offre à manger.

Plus que 11 km avant de rallier la mi-parcours et de voir Véro, et tout ça en descente en prime!

SNOW VALLEY PEAK À STONEHENGE (69.2 km à 80.5 km):

Cette section fut réellement plaisante! Je descendais à un bon rythme et je profitais du plaisir de courir en descente. La descente fut très graduelle avec beaucoup de zigs zags. J'ai dépassé quelques coureurs qui marchaient.

À 2.2 km de la mi-parcours, il y avait un petit ravitaillement avec seulement de l'eau et un peu de nourriture. Je rempli mes bouteilles et je repars en courant.

Je fini par arriver à la mi-parcours après 12 h 50 de course donc à 17 h 50. Le ravitaillement Stonehenge se trouve à quelques centaines de mètres de Spooner Lake (finish). Il se nomme ainsi puisqu'il y a plusieurs roches qui font penser au vrai Stonehenge auu Royaume-Uni. Je suis content de voir Véro. Je m'assois, prend un bon quesadilla au fromage avec un verre de coke.

Véro me demande si ça va. Je lui répond que je trouve ça difficile. Elle me répond qu'elle sera avec moi pour la fin. Ça me sécurise et m'encourage. Ça me remonte le moral!

Avant le départ, mon objectif premier était de finir bien entendu mais je convoitait également un finish sous la barre des 30 heures. Je me suis rapidement ravisé dans mon objectif et je désirais désormais finir et ce, peu importe le temps. Ce parcours n'est pas à prendre à la légère et le seul fait de compléter l'épreuve est un accomplissement incroyable.

Après une dizaine de minutes de pause, j'entâme la seconde boucle. J'espère arriver à Hobart avant le coucher du soleil.

STONEHENDGE À HOBART (80.5 km à 91.7 km):

Je repars seul au pas de course (plusieurs coureurs auront un pacers à partir de ce point, je récupérerai la mienne à Diamond Peak, 48 km plus loin) jusqu'au single track ou je monte en marche rapide. Personne devant, personne derrière. Je suis seul et dans ma bulle. Le soleil commence à se coucher graduellement et au rythme auquel je progresse je vais pouvoir me rendre à Hobart avant que les derniers rayons.

J'aboutis à nouveau sur la route forestière près du lac Marlett. Quelques kilomètres plus loin, j'aperçois deux coureurs en sens inverse. Je leur indique qu'ils ont pris le mauvais chemin et qu'ils doivent tourner de bord. Ils me demandent pour combien de distance. Je leur dis un mile environ. Ce sera un peu plus. Je repense à plus tôt lorsque je me suis trompé de chemin... Ça aurait pu être moi!

Je fini par arriver à Hobart vers 8 h du soir. J'en profite pour enfiler mon coupe-vent et prendre un bon bouillon de poulet. La température commence à descendre et la prochaine portion débute sur les crêtes en plein vent. Le bouillon de poulet est tellement réconfortant! Après une courte pause de 5 minutes, je repars! Avant de partir, je troque aussi ma casquette pour mon bandeau et ma frontale.

HOBART À TUNNEL CREEK (91.7 km à 99.8 km):

J'arrive sur le sommet de Marlett Peak en même temps que le coucher du soleil.



Quel merveilleux spectacle. Les rafales de vent sont puissantes et mon coupe-vent me protège bien.
J'amorce ensuite la descente progressive vers la station Tunnel Creek où m'attend mon drop bag. J'en profiterai pour changer de bas et de souliers et pour mettre des pelures supplémentaires sous mon coupe-vent, des petits gants et un buff plus chaud. Il annonce entre 7 et 10 degrés dans les montagnes pendant la nuit et je suis assez frileux.

Je dois ouvrir ma lampe frontale puisque la pénombre fait son arrivée. Je pense à une phrase que j'ai lue dans le livre de Patrice Godin, territoires inconnus: N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit (référence au poème de Dylan Thomas). Je sais que la nuit sera dure seul dans les montagnes. Je devrai affronter mes propres démons intérieurs et le manque de sommeil commencera tôt ou tard à faire son oeuvre.

En alternant course et un peu de marche (puisque la section descend), j'arrive à Tunnel Creek. Je demande mon drop bag et je vois une dame que j'ai vu dans le vidéo de 30 minutes dont je vous parlais dans l'introduction. Elle se nomme Mariosa et c'est une dame d'un certain âge. Je lui demande si elle est bien la Mariosa que j'ai vu dans le vidéo. Elle me répond à l'affirmative et me dit qu'elle va m'aider avec mon drop bag. Je m'assois donc dans la tente chauffée. Son aide est grandement appréciée et je ne manque pas de la remercier à plusieurs reprises. C'est comme une grand-maman gâteau. Elle me donne mes vêtements et m'apporte un bon bouillon de poulet avec des nouilles. Un vrai beaume dans la nuit!

Après cet arrêt un peu long mais non moins primordial, je me dirige vers la descente prononcée de la Red House Loop. Je suis maintenant rendu dans les trois décimales, au-delà de la barre des 100 km. Le vrai combat commence et il sera contre moi-même.

RED HOUSE LOOP #2 (99.8 km à 110.2 km):

Je descend la côte à un bon rythme et lorsque j'arrive dans le bas de la boucle, dans la section plate, je marche beaucoup plus que je ne cours. J'ai le moral un peu à plat et je commence aussi à être un peu sauté. J'arrive tant bien que mal au ravito de Red House où je ne m'éternise pas. Je prendrai une pause plus longue à Tunnel Creek.

Je remonte jusqu'à Tunnel Creek en croisant plusieurs coureurs qui débutent cette boucle. Cette boucle m'a semblé beaucoup plus facile la première fois. Ce fut un vrai calvaire la seconde.

Elle est derrière moi! J'arrive à nouveau à Tunnel Creek. Je vais m'assoir dans la tente et prend un café et un bouillon de poulet avec nouilles sous la douce musique de PROUD MARY de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL (CCR pour les initiés!). Je chante même quelques notes avec les bénévoles: Rollin, Rollin, Rollin on the River!. J'essaie de me remonter le moral comme je peux.

Je décide de repartir mais à peine quelques mètres après le ravito, j'ai froid. Je reviens au ravito pour enfiler une laine Merino sous mon coupe-vent. Je prend un autre café pour me réchauffer. À ce moment, j'ai une pensée d'abandon. Je suis confortable assis dans la chaise et d'autres coureurs abandonnent. Je pense soudainement à Véro et à comment elle serait contente de voir les paysages. À comment je serais content de partager cette expérience avec elle. Plus que 17-18 km avant de la rejoindre et de terminer cette rude épreuve en sa compagnie. Il ne m'en fallait pas plus pour chasser les idées noires. Je pense aussi à cette phrase (dont j'ignore la provenance mais un de mes meilleurs amis se l'ai fait tatoué): ''L'effort est temporaire mais la fierté perdurera pour toujours''

Je repars pour de bon.

TUNNEL CREEK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (110.2 km à 115 km):

À partir de ce point, je marche beaucoup plus et plus longtemps. Je dispose quand même de beaucoup de temps pour terminer puisque le cut-off de la course est de 35 heures (4 h de l'après-midi dimanche) et qu'il est un minuit et demi environ.

Je fini par apercevoir le haut du remonte-pente illuminé, signe que j'approche de Bullwheel.
Arrivé à Bullwheel, la routine se poursuit: remplissage des bouteilles d'eau. Je mange  un demi Fruit 2.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À DIAMOND PEAK (115 km à 128.7 km):

Cette section m'a paru interminable puisque nous contournons plusieurs montagnes. J'avais toujours l'impression de me rapprocher de l'intersection de la descente menant à Diamond Peak mais il y avait toujours une montagne supplémentaire à contourner. Ça ne fini plus... J'avais vraiment hâte de rejoindre Véro et je savais que sa compagnie et son réconfort seraient garants du succès et de la complétion de cette épreuve.

Dans la descente menant à la station de ski, l'éclairage de ma lampe frontale diminue. Il m'est difficile de bien voir les roches et de surcroît, je commence à cogner des clous. Je me donne des petites tapes dans la face, mais en vain.. Ok ça va faire, là je m'en donne une bonne! OUCH! Mais ça fait mal!
Ok, là je suis réveillé!

Un peu plus loin, une envie me prend! J'essaie de trouver un endroit discret pour aller couler un bronze (je trouvais ça plus poétique d'écrire ça comme ça alors voilà).

J'approche drastiquement Diamond Peak. Pendant la nuit, la station de ravito est à l'intérieur afin de diminuer le bruit pour le voisinage.

Je rejoins Véro qui est arrivée là à minuit avec une navette pour ne pas prendre de chance. Je ne la trouve pas tout de suite en entrant dans le chalet et je m'inquiète un  peu. Je fini par l'aperçevoir! Je suis content.  Je m'assois un peu, fatigué pendant qu'elle va aux toilettes avant de partir.

Je me prend une petite barre Snickers au passage et ce sera ma récompense en haut du sommet de Diamond Peak.

DIAMOND PEAK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (128.7 km à 131.9 km):

Il est un peu passé 4 h du matin et nous débutons la montée de Diamond Peak à la noirceur. Le soleil devrait se lever lorsque nous serons au sommet. Un beau spectacle nous attend. En montant, je raconte un peu le début de ma course à Véro, mes hauts, mes bas, mes états d'âme.

Elle me remercie de lui faire vivre ce beau moment et je la remercie de m'accompagner et de faire la différence.

La montée est toujours sinon plus difficile que la première fois, la chaleur en moins. C'est abrupte et le sable glisse plus que la première fois. La Montée de l'Enfer du Ultimate XC est une ballade dans le parc à côté de cette colossale ascension...

Bon an mal an, nous rallions le sommet. Véro se retourne plusieurs fois, émerveillée par la vue sur le lac.

Je prend ma snickers bien méritée et nous descendons vers Bullwheel.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À TUNNEL CREEK (131.9 km à 136.8 km):

Nous marcherons l'ensemble de la section suivante de 4.8 km jusqu'à Tunnel Creek. Je cogne des clous en marchant. Véro est très attentionnée dans son rôle de paceuse qu'elle prend au sérieux et me demande régulièrement comment je vais. Je lui dit qu'un bon café sera le bienvenue en arrivant à Tunnel Creek.

Nous finissons par arriver (une dernière fois) à mon ravito favori. Je m'assois dans la tente et un gentil bénévole m'apporte un bon café. Il me propose un burrito matin aux oeufs. Je dis oui avec plaisir. Malheureusement, ils ont été populaires et la prochaine ''bach'' n'est pas prête. Après un 5 minutes de pauses, je remercie les bénévoles et je leur dit que c'est de loin la meilleure station de ravitaillement du parcours.

TUNNEL CREEK À HOBART (136.8 km à 144.8 km):

À peine quelques kilomètres après avoir quitté Tunnel Creek, il commence à faire plus chaud. J'enlève mon manteau, ma laine Merino et mes gants et je change mon buff et ma frontale pour une casquette. Véro en profite aussi pour enlever des couches.

Cette section étant en montée et la fatigue accumulée dans les jambes étant très perceptible, nous marchons à un bon rythme.

Je dis à Véro que la vue du Marlett Peak sera formidable et qu'elle va adorer. Je suis si content et étant derrière elle dans les sentiers, je peux voir ses réactions d'enfant émerveillée par la beauté de la nature.

Nous finissons par arriver à Hobart vers 8 h le matin. Selon mes calculs, selon notre rythme de marche et les kilomètres qu'il reste à parcourir, nous devrions arriver un peu après midi, soit un peu après 31 heures de course. Mais rien ne sert de trop se faire d'idée, rien n'est joué tant qu'on est pas rendu.

HOBART À SNOW VALLEY PEAK (144.8 km à 148 km):

Nous entâmons l'ascension progressive jusqu'à Snow Valley Peak. Dans la forêt au début et sur les crêtes ensuite. Je sens que mon mollet est tight et qu'une crampe n'est pas impossible...

Après ce qui ma semblé comme une longue ascension, nous sommes arrivés à Snow Valley Peak. J'avais entendu dire qu'ils avaient du sorbet à cette station et j'avais la gorge qui brulait depuis un bon moment. Je demande donc si, à tout hasard, ils n'auraient pas de sorbet. Le gentil bénévole me propose environ cinq saveurs. J'opte pour un sorbet à la mangue. Quelle révélation! Ça fait un bien énorme à ma gorge et à mon moral avant d'attaquer la dernière section en descente menant à l'arrivée.

Je remercie les sympathiques bénévoles et nous repartons direction le finish!

SNOW VALLEY PEAK AU FINISH (144.8 km à 163.3 km):

Nous débutons le dernier droit toujours sur les crêtes en descente avant de regagner la forêt. Véro et moi en profitons pour bien observer la vue sur le Lac Tahoe afin d'en imprégner notre mémoire. Ma crampe me guette toujours alors nous poursuivons le chemin en marche rapide. Le soleil commence à être particulièrement chaud.

Plus que jamais, j'ai hâte d'arriver et je ne manque pas de le laisser savoir à Véro. Ici et là, nous courons un peu mais c'est toujours la marche rapide qui l'emporte. D'ailleurs, nous commençons à avoir un bon rythme de croisière à la marche.

Je suis maintenant convaincu que mon finish sera entre 31h et 32h, ce qui me convient très bien. Pas de menace de cut-off, le temps de profiter des derniers moments sur le parcours.

Nous finissons par arriver au petit ravitaillement d'eau (à 2.2 km de l'arrivée) et j'avais averti Véro qu'il était inutile d'y arrêter. Je me réhydraterai à l'arrivée avec une bière bien fraîche!

Lorsque nous contournons le lac Spooner, l'arche de d'arrivée et les tentes de l'athlete's lounge sont visibles. Il n'en reste pas beaucoup. Ayant déjà repris le rythme de course, Véro me fait signe que deux coureuses se pointent derrière et me demande si on les laisse passer. Non! On accélère donc sur le chemin plus large pour aboutir dans un sentier étroit. Plus que 200 mètres avant l'arrivée.

C'est main dans la main avec ma belle Véronick que je passe le fil d'arrivée en 31 heures 21 minutes et 45 secondes. Nous nous embrassons et je vais m'asseoir (pour de bon) sur une chaise.

Une bénévole me donne un verre d'eau et Véro va me chercher un San Pellegrino aux pamplemousses. Je la regarde et la remercie de m'avoir accompagné dans cette belle aventure. Mon regard se dirige vers l'arche d'arrivée et j'ai les émotions à fleur de peau.

Je reste assis un bon moment et une bénévole me demande si je vais bien. Je lui répond que oui. Je relaxe! Le directeur de course Georges vient me féliciter et me parler. Quel chic type! Il me dit qu'il est vraiment content que j'aille terminé puisque je viens de loin. Je le félicite pour la grande qualité de son organisation et pour ce magnifique parcours. Nous n'avons pas courses aussi difficiles dans l'est que je lui dis également.

Je fini par me lever de ma chaise pour me rendre au Lounge. Je ne sais plus comment m'habiller: j'ai chaud, j'ai froid. Bref, mon corps est en choc thermique. Rien de bien inquiétant par contre.

Je me prend un burrrito et une bonne bière. Véro me dit qu'elle a demandé un ''late check out'' à l'hôtel et qu'on aurait le temps d'aller prendre une douche avant la ''awards ceremony'' qui a lieu à 16 h. Quelle merveilleuse idée. D'autant plus que mon drop bag n'est toujours pas revenu de Tunnel Creek.

CÉRÉMONIE D'APRÈS COURSE:

C'est avec une ambiance plutôt festive que s'amorce la cérémonie de remise de prix. Georges remercie chaleureusement les membres de son équipe d'organisation ainsi que les super bénévoles.

Il remet les fameuses boucles de ceinture aux finishers, en partant du dernier jusqu'au gagnant. Son approche est personnalisée et il ne manque pas de nous donner quelques anecdotes sur des coureurs/coureuses qu'il connait ou qu'il a appris à connaître ce weekend.

La boucle de ceinture du Tahoe Rim Trail 100 est faite à la main par un artisan local de Carson City.
Voici un vidéo qui relate d'ailleurs son histoire et son processus de fabrication: BUCKLE TRT100

Voici une photo de ma boucle de ceinture. Elle est magnifique, n'est-ce pas?


Je suis extrêmement fier de cet accomplissement et de la manière avec laquelle j'ai géré l'adversité. La tentation d'abandon s'est présentée à plusieurs occasions et j'ai réussi à chasser ces idées noires et à me concentrer sur la tâche à réaliser. À la lumière de ma performance, j'aurais souhaité faire plus de volume et de dénivelé mais heureusement, ma tête de cochon et mon expérience ont compensé.

Je ne l'ai pas volé celle-là, croyez-moi!

ET POUR LA SUITE?

Mon prochain défi est le 160km du Bromont Ultra, le weekend du 8-9 octobre prochain. Eh oui! Une autre course de 100 miles mais dans notre belle province cette fois.

Je suis maintenant en semaine de repos et en vacances et je profite de la vie, des souvenirs et des images pleins la tête...