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samedi 4 février 2017

Winter Beast of Burden 100: DNF, monotonie, méditation et Miller Light...





Beast of Burden c'est une chanson des Rolling Stones, c'est également une course de 100 miles (160 km) situé dans la petite ville de Lockport dans l'État de New York (à proximité de Buffalo). Cette course offre une version hivernale et une version estivale. La course offre les distances de 25 miles (40 km), 50 miles (80 km) et 100 miles (160 km). Le parcours consiste en des allers-retours (d'une distance de 40km) sur une piste cyclable en poussière de roches longeant le Canal Erie. Ainsi, pour la distance de 160 km, les coureurs doivent parcourir 4 allers-retours

C'est en parcourant leur site internet que le défi de courir un 100 miles hivernal m'a interpellé. On nous y met au défi de la manière suivante:

''You can run it through the hills of the highest mountains and through the heat of the sun in the desert valleys, but can you run it in the heart of winter? Through inches or feet of snow? Are you ready to unleash the beast inside of you and run 100 miles on the frigid, historic Erie Canal Towpath? Ladies and Gentlemen, throw away your razors for the New Year. This winter, you're going to need all the insulation you can muster!''

L'AVANT-COURSE:

Guy B. (pas celui qui boit de la Guinness et mange de la tarte aux pacanes mais l'autre ;) ) et moi sommes parti le vendredi matin (27 janvier) afin de pouvoir prendre notre temps sur la route et de ne pas se coucher trop tard. La route se fait bien. Deux passionnés d'ultra qui jasent, ça passe le temps disons! À l'exception d'un corridor météo d'une cinquantaine de km où il y a une bonne tempête, la neige se fait plutôt discrète aux abords de la route. 


Nous arrivons à Lockport en milieu d'après-midi et nous en profitons pour arrêter dans un ''beer store'' histoire de s'acheter quelques bières pour avant/après la course. C'est l'occasion d'essayer de nouvelles cervoises que l'on ne peut retrouver au Québec. Ensuite, on se dirige vers le site de départ de la course histoire d'aller y jeter un coup d'oeil. Guy qualifie le parcours de ''plus beau qu'escompté''. Il est vrai que la vue du site de départ n'est pas si mal. Nous en profitons aussi pour jeter un coup d'oeil à la surface du parcours. 

Ensuite, ''check-in'' à l'hôtel et préparation des drop bags en sirotant une petite bière (ou deux..). Nous nous dirigeons ensuite dans un charmant petit restaurant italien DeFlippo's. Je prend une lasagne végétarienne et une bière ''light'' italienne. Ben quoi? Le départ est à 10h le lendemain après tout... 

Retour à la chambre d'hôtel où nous finalisons la préparation de notre équipement chacun de notre côté. Peu avant de me coucher, j'appelle ma blonde Véro et les cocos (Guillaume & Joanie) via Facetime. Guillaume et Joanie me font un cri d'encouragement et cela me fait chaud au coeur. Tous les trois pourront me suivre dans le confort du foyer familial puisque je cours avec un dispositif GPS SPOT qui permet de suivre ma position géographique avec des mises à jour aux 10 minutes environ. 

Le cri d'encouragement va comme suit: Go Vincent, Go Vincent, court, court court!!! Ça deviendra mon mantra pour la course! Un mantra accompagné d'une pensée positive à chaque fois. 

Coucher à 9 h 30 pour moi. 

Benjamin (un autre ami coureur qui prend part au 100 miles), son pacer Antoine (un autre ami coureur) et mon fidèle ami Bernard (qui vient pour me pacer sur le dernier 40km) partaient de Vaudreuil dans les eaux de 5 h. Les conditions routières laissant à désirer, ils arriveront vers minuit et demi. 

LA COURSE:

La délégation québécoise avant le départ. 
De gauche à droite: Antoine, Benjamin, Guy, Bernard et moi.  

Focus avant le départ.

Samedi 28 janvier: C'est sous la musique thématique Beast of Burden des Rolling Stones que le départ fut donné à 10 h (pourquoi 10h? tout simplement parce que le directeur de course n'aime pas se lever tôt...). Pour une distance d'environ un mile, nous courons d'un côté du canal avant de rejoindre un pont où nous traversons le canal pour rejoindre la piste menant au bout du parcours (20 km). 

 Juste avant de traverser le pont.


Le pont menant à l'interminable piste cyclable. Vous comprendrez plus loin.

Après à peine 10 minutes (comme ça m'arrive très souvent dans des ultras), j'ai une envie de pipi. Je m'arrête sur le bord d'un petit pont fermé, à l'abri du vent et, dans la mesure du possible, des regards... Mes comparses Benjamin et Guy poursuivent leur trotte. Je fini par les rattraper un peu plus loin. C'est un jeu d'élastique qui se fera à plusieurs reprises durant cette longue journée. Ma stratégie pour le premier 40 km, courir de manière fractionnée en enchaînant 29 minutes de course pour 1 minute de marche et surtout, ne pas partir trop vite. 

Quelques kilomètres avant la station de ravitaillement intermédiaire de Gasport (dans une tente) se trouvant à 11,5 km, Benjamin décide d'accélérer afin de pouvoir enlever une paire de bas d'extra. Je décide de ne pas arrêter à ce ravito puisque j'ai suffisamment d'eau et de vivres pour me rendre au ravito de Middleport à mi-parcours. Comme de véritables métronomes, mes camarades et moi avançons à un rythme de 6'00/km sans forcer inutilement. Benjamin se détache pour courir avec Pablo, un autre coureur du Québec ayant beaucoup d'expérience dans ce genre de course sur route. 

Conversation entre Guy et moi:

Moi: ''Guy, si tu te sens bien, je ne te retiens pas. N'hésite pas à accélérer.''

Guy de me répondre: ''Je me sens bien avec toi'' 

Petit moment de ''Bromance''...

Guy et moi rallions la mi-parcours en 2 heures pile. Nous y retrouvons Benjamin et Pablo. J'en profite pour prendre un petit verre de coke et quelques pretzels pour emporter. Mes deux compagnons prennent un peu plus de temps mais finissent par me rejoindre. 

Un peu plus loin, Guy nous dit: c'est beau! Moi de lui répondre: on ne doit certainement pas être au même endroit. Il faut dire que le parcours est plutôt monotone voire ennuyant par moment. Visuellement, c'est du copier-coller, kilomètre après kilomètre. En fait, la plus belle chose que j'ai vue sur ce parcours est un bateau de pirate en bois pour enfant avec une glissage en plastique bleu. Ça en dit long... 

Côté météo, une petite neige tombe et forme un petit tapis de neige par endroit sur la piste cyclable. J'ai choisi de porter un ''base layer'' avec un chandail doublé Craft avec deux épaisseurs de gants. Ça s'avère un bon choix et je serai en mesure de faire le premier 80 km avec ce même habillement. 

C'est avec un même rythme constant que nous poursuivons notre chemin de retour vers Lockport. Notre rythme est toujours régulier et confortable. 

Cette fois-ci je décide de m'arrêter à Gasport afin de remplir mes bouteilles d'eau (je cours avec mon sac d'hydratation Ultimate Direction AK 3.0 comportant deux bouteilles molles de 500m. chacune et plusieurs pochettes de transport pour la bouffe). J'en profite pour m'asseoir rapidement pour manger une délicieuse boule d'énergie et boire un verre de Ginger Ale. 

C'est sous les encouragements d'Antoine et Bernard que nous rallions tous les trois la station de Lockport après 4 h 10 de course. Peut-être un peu vite à mon humble avis... 

Les trois mousquetaires après 40 km. 

Je mange une patate et prend un verre de coke et repars sans faire d'histoire. Benjamin et Guy prennent un peu plus de temps. Benjamin se prend même une petite assiette de Mac N' Cheese. 

À peine un kilomètre plus loin, des hauts-le-coeur apparaissent et plusieurs nausées s'enchaînent allant jusqu'à créer un gros spasme dans mon estomac. Je vomis même dans ma bouche (âme sensibles s'abstenir, je vous raconte l'histoire telle qu'elle est arrivée...). Bernard et Antoine passent près de moi en voiture et me voient dans un piteux état. Antoine m'offre même de m'apporter du Pepto Bismol plus tard. Je reprend la route tant bien que mal en me questionnant sur les raison de ces nausées et inquiet pour la suite. C'est en buvant de l'eau que ça finit par passer. Je fini par reprendre un rythme convenable et ce mal de coeur fini par ne devenir qu'une histoire du passé. À Gasport, je teste mon estomac en enfilant une autre boule d'énergie. Test concluant. 

Benjamin et Guy me suivent à une centaine de mètres derrière. Lors d'une pause de marche, je décide de prolonger la marche afin de les attendre. La stratégie pour ce second aller-retour étant d'enchaîner 14 minutes de marche pour 1 minute de course. Je pense beaucoup à Véro et les cocos dans cette section et je me répète mon mantra: Go Vincent! Go Vincent! court, court, court! Peu avant de rejoindre Middleport pour la seconde fois, je fais part de mon plan à Benjamin et Guy pour faire du 9 minutes course/ 1 minute pour le retour. Cette stratégie fait l'unanimité. À Middleport (km 60), Guy décide de prendre un peu plus de temps pour procéder à un changement de vêtements. J'en profite pour sortir ma lampe frontale de mon sac et la mettre sur ma tête. Comme à mon premier passage, je ne m'y attarde pas. Une fois sur le pont, Benjamin me fait signe de l'attendre.

Nous poursuivons notre chemin Benjamin et moi par bloc de 9 minutes de course. La distance commence à se faire sentir et les dernières minutes de course avant la minute de marche sont plus difficiles. Benjamin et moi ne manquons pas de nous taper dans la main après chaque bloc de course, histoire de célébrer chaque petite réussite.

Une fois à Gasport (km 68.5), il commence à faire plus sombre. Je m'arrête pour boire un verre de bouillon de poulet. C'est chaud et réconfortant à la fois! Nous poursuivons notre chemin en prenant le soin d'allumer nos lampes frontales en direction de la station de Lockport, ce qui représentera la mi-parcours. Lors des pauses de marche, Benjamin commence à sentir une douleur au tibia. Lorsque la tente est en vue de l'autre côté du canal, Benjamin me fait signe de continuer et me dit qu'il me rejoindra au ravito.

C'est après 9h07 de course que j'arrive au ravito. Bernard et Antoine m'accueillent de belle manière. Je m'assois sur une chaise et demande à Bernard de trouver mon drop bag afin de procéder à un changement de chaussures. Bernard prend soin de les réchauffer près du radiateur avant de me les donner. Ça fait du bien! Benjamin finit par arriver et peu de temps après lui Guy. Ce dernier nous mentionne qu'il arrête: il a froid aux doigts et n'a plus de plaisir.

Après un coke et un bouillon de poulet, je décide de repartir sans changer de vêtements. À peine quelques pas après la tente, je change d'idée. Je rentre à nouveau dans la tente et décide de changer de vêtements pour le haut du corps. En gardant mon ''base layer'' toujours sec, j'ajoute un chandail en laine Merino et un manteau doublé. Je change aussi de tuque et de cache-cou. Bernard prend toujours soin de réchauffer mes vêtements près du radiateur avant de me les donner. Quel bon jack ce Bernard! Il m'aide à remettre ma montre par dessus mon manteau sans trop regarder. Il l'a mise à l'envers, on rigole!

Je repars pour une centaine de mètres pour m'apercevoir que je n'ai pas pris ma lampe frontale. Bien que ça n'aurait pas été la fin du monde étant donné le parcours plat et non technique, je rebrousse chemin et va chercher ma lampe. Cette fois-ci me voilà reparti pour de bon. Le changement de souliers et de vêtements m'a fait du bien. Le moral est bon et les jambes tournent bien. Je décide d'adopter la stratégie suivante: 8 minutes de course pour 2 minutes de marche. Je croise plusieurs faisceaux de lampes frontales et j'encourage les autres coureurs qui me rendent la pareille.

Avec la nuit qui est tombée et la perception des distances qui n'est plus possible, le parcours me semble infiniment plus long... Je rallie tant bien que mal la station de Gasport (km 91.5). J'arrête pour prendre une autre boule d'énergie et un verre de Ginger Ale. C'est rendu mon classique!

Je poursuis ma route en suivant quelques coureurs. Plus qu'un petit 8.5 km pour me rendre à Middleport et ainsi atteindre la barre des 100km. La monotonie du parcours commence à m'affecter au plus haut point et la surface dure hypothèque mes jambes. Même le mantra des enfants n'a plus d'effet.

Je marche les derniers 10 minutes avant de mettre les pieds dans la petite salle communautaire. Je m'assois alors sur une chaise pendant un long moment. Je mange une soupe poulet et nouilles. J'ai espoir que Benjamin et Antoine (pacer) arriveront d'ici une quinzaine de minutes. Il n'en est rien. Je saurai alors que Benjamin a rebrousser chemin peu après la station de Lockport puisque la douleur s'accentuait...

DNF, MÉDITATION ET MILLER LIGHT:

Après une vingtaine de minutes d'arrête, volontairement ou involontairement, j'arrête ma montre. N'ayant plus de plaisir, anticipant le froid en raison de la marche qui prendra le dessus sur la course et avec les jambes relativement torchées, je prend la décision d'abandonner. Je vais aviser les bénévoles de ma décision d'un air décidé. Elles n'essaient pas de me convaincre voyant que c'est totalement assumé. Je m'informe si un transport est prévu vers Lockport. Un gentil monsieur s'approche (voir section Le Trappeur qui suit...) et m'indique qu'il attend sa femme dans environ une heure et me propose de me ramener si je suis prêt à attendre. Pas de problème.

Peu après, une des bénévoles offre une bière à un accompagnateur. Vous avez dit bière? Je vais lui demander si je peux en avoir une. Elle se dirige au frigo en arrière et revient avec une Miller Light bien froide. Ce n'est pas un grand cru mais dans les circonstances, ça fera l'affaire!

Je sirote ce breuvage froid et amorce une réflexion sur cet abandon. Je repense à la magnificience du Lac Tahoe  et j'en arrive à la conclusion que les ultras sur route avec des paysages monotones ne sont pas fait pour moi. Je cours pour les paysages et pour le plaisir de me retrouver dans des sentiers, à anticiper les roches, les racines, à jouer dehors! Je pense au prochain 100 miles à  Zion (Utah) qui m'attend en avril avec ses magnifiques mesas de couleur orangée et cela m'anime grandement.

Après tout, j'ai fait un bel entraînement de 100km dans un temps respectable. Bon indice de forme en janvier. Il vaut toujours mieux voir le verre à moitié plein! ;)

Je pense aussi beaucoup à Véro et aux enfants qui me manquent. À ce moment, je ferme mon dispositif GPS SPOT en me disant que Véro va surement s'inquiéter de ne plus voir de mouvement. Vivement le retour à l'hôtel pour que je puisse la rassurer.

Une fois la Miller terminée, j'en demande une deuxième. Il faut bien patienter... Je profite aussi de l'occasion pour prendre le drop bag de Guy afin de pouvoir le rapporter.

LE TRAPPEUR:

À plusieurs répétitions lors du premier aller-retour de 40 km, Benjamin, Guy et moi avons croisé un spectateur arborant un casque de poil (en bon québécois) que nous avons gentiment surnommé le ''trappeur''. À ce stade précoce de la course, j'étais loin de me douter que nos chemins allaient de nouveau se croiser au ravito de Middleport après 100 bornes.

Une fois sa femme arrivée et repartie, le gentil monsieur (j'ai oublié son nom...) m'indique qu'il est prêt à quitter pour Lockport. Je le remercie à maintes et maintes reprises.

Conversation avec le ''trappeur'' lors de mon retour en voiture de la station Middleport au site de départ et d'arrivée:

Le trappeur: So Vincent, where are you from?

Moi: Montreal

Le trappeur: Don't blame me! I didn't vote for f*cken Trump!

Ce fut un sympathique retour avec un sympathique  monsieur.

En arrivant à Lockport, comble de malheur, on m'informe que Bernard a quitté il y a quinze minutes pour aller me chercher à Middleport. Le directeur de course m'offre une bière et je vais m'asseoir près du radiateur pour me réchauffer. Il m'en offre une deuxième et un shooter de Fireball, ce qui me permet de patienter en attendant le retour de Bernard.

Bernard arrive et nous retournons à l'hôtel. Je m'excuse auprès de lui pour mon abandon et pour le fait qu'il ne puisse pas me ''pacer''. Il me dit de ne pas m'en faire, qu'il a beaucoup de plaisir dans ce weekend de boys.

Une fois arrivé à l'hôtel, j'avise Véro de mon abandon et on réveille tout le monde pour une rencontre au sommet dans notre chambre avec quelques bières. On se raconte nos péripéties avant de se coucher pour être en forme pour le retour.

Je dit aux gars (Benjamin et Guy): ''Ouin, les gars, finalement c'était peut-être pas une bonne idée cette course... Désolé...

Il faut comprendre que les deux se sont inscrits peu longtemps après moi, après avoir vu une publication à cet effet sur Facebook. Influençables?

Somme toute, ce fut une belle fin de semaine de boys où nous avons jouer dehors et déconner.


LA STATION DE RAVITAILLEMENT DE MIDDLEPORT:

Course après course, je suis toujours fasciné par les stations de ravitaillement. Ces stations ont souvent un cachet particulier, voire une âme. À chaque fois, je considère mon passage à ces stations comme une petite réussite et comme un pas de plus vers l'objectif ultime. C'est une véritable expérience humaine et sensorielle. Les bénévoles sont accueillants et nous préparent de bons petits plats réconfortants. Lorsque d'un passage à vide, quoi de mieux qu'une bonne soupe pour se remonter le moral. 


À chaque ultra, une station de ravitaillement se démarque toujours des autres et au Beast of Burden, la station de Middleport (station de mi-parcours) prenait quartier dans une vieille salle communautaire. On arrive au bout de la piste, on traverse un petit pont et au premier coin de rue, c'est la troisième porte à droite. Middleport est une petite ville américaine typique et possède un certain charme.




PROCHAIN DÉFI: 

Le 7-8 avril, je prendrai le départ du Zion 100. Un 100 miles dans le Zion State Park dans le Utah. Des sentiers désertiques surplombés de caps de montagne orangés surnommés Mesas. Nous serons une belle délégation de 7 québécois à prendre le départ. Ça promet!


AMBASSADEUR POUR SKRATCH LABS ET RACEDAY FUEL: 




C'est avec grand plaisir que j'ai été choisi comme ambassadeur pour la compagnie de nutrition Skratch Labs et le détaillant canadien de produits de nutrition Raceday Fuel.

Skratch offre une gamme de produits de nutrition de grande qualité, de la poudre d'électrolytes (produit incroyable, croyez-moi!) aux jujubes d'électrolytes. Skratch offre également plusieurs livres de recettes très intéressant.

Voici le site de Raceday Fuel sur lequel vous pouvez vous procurez les produits Skratch.

http://www.racedayfuel.ca/

Pour plus de détails et une petite escompte, contactez moi par courriel: coach.vincent.gauthier@gmail.com



samedi 29 octobre 2016

Retour sur le Bromont Ultra 160 / Épilogue de la saison 2016

RETOUR SUR LE BROMONT ULTRA 160

C'était samedi il y a trois semaines. Le ciel était à la grisaille. Les couleurs de l'automne étaient à leur apogée. Une température typique d'automne attendait les coureurs de l'épreuve du 160 kilomètres du Bromont Ultra. Peu avant le départ, Gilles P., l'un des organisateurs y va de son discours d'avant course. Un hymne à l'entraide et à la camaraderie.

C'est à 7 h 30 que le départ fut donné sous une pluie d'applaudissement et une grande fébrilité. 50 guerriers prenaient d'assaut ce parcours redoutable.

Pour moi, c'est un 100 miles à saveur particulière. Une première course en sol québécois pour moi sur cette distance reine. Une ambiance familiale et chaleureuse. Ma conjointe Véronick et mes beaux-enfants, Joanie et Guillaume étaient de la partie pour m'encourager et me supporter dans cette longue épreuve. La table était mise pour une expérience incroyable.

Ce récit sera un peu décousu, selon mon inspiration et selon l'intensité des moments vécus...


Bromance à Bromont (les trois mousquetaires):

Étymologie. Le mot bromance est un mot-valise anglais composé de l'abréviation de brother (bro), voulant dire frère, et de romance, qui est un mot transparent et signifie aussi romance en français.
(définition de Google)

Après à peine 5 kilomètres, nous étions regroupés Guy B.(le mousquetaire rouge), Pierre B. (le mousquetaire vert) et moi (le mousquetaire bleu). Trois mousquetaires (photo © Julien Hébert photo) dévalant les sentiers en quête d'aventure. Un premier mousquetaire vêtu de rouge, un grand gaillard ayant subi des blessures de guerre dernièrement. Une volonté, une détermination infaillible et une soif de vaincre l'animaient. Un second mousquetaire vêtu de vert que j'ai appris à connaître. Un homme d'une grande sagesse avec une voix radiophonique. Par la force des choses, nous faisions équipe, partageant notre plaisir à arpenter les sentiers et aussi nos passages à vide. Une sorte de pacte inconscient, une complicité silencieuse.

Un peu plus loin, la montée Lieutenant Dan n'avait qu'à bien se tenir. Le mousquetaire rouge nous dictait le rythme, suivi de près par le mousquetaire bleu et le mousquetaire vert.

Toujours un peu plus loin, nous traversions une érablière. Il s'agissait d'un nouvel ajout au parcours. Une section relativement plate composée de chemins de terre qui m'a semblé être un labyrinthe infini. S'en est suivi la montée du Mont des Pins. Le mousquetaire bleu faisait l'élastique à l'arrière. Il faut dire qu'il a de plus petites jambes que les deux autres!

Le trio a poursuivi sa progression jusqu'à la station de ravitaillement chez Bob. En arrivant au ravito, aucun signe de Véro et des cocos. Je suis un peu déçu, moi qui attendait impatiemment leurs encouragements. Il faut préciser que j'étais un peu en avance sur l'échéancier prévu.

Annie, la sympathique amie à Guy B. avec l'accent madelinot m'a gentiment prêté son téléphone.
C'était la première fois que je logeait un appel en pleine course...
J'appelle donc mon amoureuse:

Moi: ''Salut Véro, où êtes vous?
Véro (surprise de recevoir un appel de ma part en pleine course): ''À l'hôtel. Toi, où es tu?
Moi: ''Je suis arrivé chez Bob. Venez me rejoindre à la section du Lac Brome dans 1 h 30...

J'étais impatient de voir ma famille et de pouvoir aller chercher du réconfort et puiser de l'énergie.

Je repars en solo, précisant à mes deux accolytes que je débuterai la section en marchant et qu'ils finiront par me rattraper. Après une courte section technique et détrempée, je débouche sur une route de terre rappelant les paysages bucoliques du Vermont 100. Je me sens plein d'énergie et je décide de ne pas attendre les deux autres mousquetaires. Il faut profiter du momentum après tout! Ce fut la fin de la croisée des 3 mousquetaires. J'ai croisé mes compagnons d'arme dans les ravitos suivants et j'ai fait un bout de chemin avec Pierre B. après le km 50. J'ai bien apprécié notre croisade. Pour moi, ce fut un moment fort du Bromont Ultra 2016.

Après un certain moment à avaler les kilomètres de chemin de terre, une voiture s'approche en sens inverse à basse vitesse. Le conducteur klaxonne de manière plutôt vigoureuse. C'est Martin R. et sa famille qui sont venus nous encourager. C'est bien apprécié et ça me fait sourire.

Je fini par m'approcher du ravito du Lac Brome (km 44). Martin R. est venu à ma rencontre et me dit qu'il est surpris de me voir arriver aussitôt. Au loin, j'aperçois Véro et les enfants. Quelle immense joie de les voir enfin et quel bonheur de pouvoir partager cette belle aventure avec eux! Ils m'attendent avec un sac de bonbons (framboises en jujubes). Les enfants viennent me taper dans la main et son contents de me voir.

Je fini par poursuivre mon chemin...

'' As tu vu ma maman? ''

Beaucoup plus loin sur le parcours (près du km 65), à l'approche du ravito du Lac Gale, je trotte dans une section boisée sombre. La tombée de la pénombre se fait sentir. Un peu plus loin, je vois une petite fille au cheveux bruns foncés. Elle porte un chandail du Bromont Ultra. Comme je m'approche, elle me demande d'une voix douce: ''As-tu vu ma maman?''. Sachant qu'elle parle de Karine D (organisatrice du Bromont Ultra et ultramarathonienne en sentiers). Je lui répond que je ne l'ai pas vu.

Le ravito ne doit pas être bien loin. À peine quelques centaines de mètres plus loin, le mari de Karine et son autre petite fille l'attendent impatiemment et m'encouragent au passage.

Je fini par arriver à la station de ravitaillement du Lac Gale. Je m'assois et me réchauffe avec un bouillon de poulet. Karine arrive à la station peu après moi avec sa famille.

Karine a participé à la course l'an dernier et a été contrainte à l'abandon à une quinzaine de kilomètres du fil d'arrivée en raison d'une blessure. Elle a su faire preuve de toute une force de caractère cette année pour rallier l'arrivée sous les 30 heures, remporter l'épreuve chez les femmes et venger l'abandon de l'année précédente. Chapeau Karine!

Tergiverser au milieu du sentier...

Sous les encouragements et les conseils du bénévole en chef Benjamin R., je viens de repartir du camp de base (km 74) pour compléter la boucle de 6 km du Mont Oak. Des sentiers sinueux de vélo de montagne. Cette boucle est également le parcours des équipes à relais dont les coureurs me larguent littéralement sur place. Nous nous encourageons mutuellement. Une douleur commence à apparaître sous le genou. Douleur qui ne s'était pas manifesté à l'entraînement. Ça devient inconfortable mais je poursuis ma progression en alternant course et marche selon les aléas du sentiers. Le doute commence à s'installer. Je me questionne grandement sur la gravité potentielle de cette douleur subite.

Je fini par arriver au camp de base (km 80, 83 en vérité selon ma montre GPS) en 13 heures pile (pile poil sur mon objectif de temps de passage) où j'ai droit à une ovation lors de mon arrivée à la tente. Guylaine, la médecin en chef de l'équipe médicale me demande si je vais me faire peser tout de suite ou après ma pause. J'y vais tout de suite. Résultat: 1 maigre livre de perdue. L'hydratation et la nutrition vont #1, l'énergie aussi. Mais le genou... Je m'assois pour manger et pour changer de vêtements. Véro et les cocos sont là. Leur présence est apprécié.

Guillaume me dit: ''J'ai bu le reste de ta canette de coke'' avec un gros sourire! (en parlant de la canette que j'avais commencé à boire 6 km plus tôt. Quoi de plus beau que la naïveté et la coquinerie d'un enfant! Il est adorable.

Je mentionne à Véro que j'ai mal au genou et que la douleur s'accentue. J'en parle également à Guylaine qui me propose de me faire un taping. Pourquoi pas, si cela peut m'aider! Elle me propose également d'aviser les équipes médicales des prochains ravitos pour refaire mon taping s'il y a lieu. La grande classe! Son aide fut grandement apprécié.

Une fois le taping terminé, après avoir mangé, avoir changé de vêtements et de souliers et après avoir embrassé Véro et taper dans la main des cocos, je m'engage dans la seconde boucle. Je suis curieux de voir l'impact qu'aura le taping sur la douleur.

C'est au pas de course que je parcours la section gazonnée avant de traverser la route. La douleur est toujours présente et ne semble pas diminuer, même à la marche. Je traverse la route. Je poursuis mon chemin sur le sentier en pente légèrement descendante pour quelques centaines de mètres. Je m'arrête pour une pause pipi, continue encore un peu et m'immobilise au milieu du sentier, appuyé sur mes pôles. Je tergiverse... Poursuivre ou rebrousser chemin? Risquer d'aggraver potentiellement ma blessure ou ne pas prendre de chance? Je reste là immobile pendant plusieurs minutes... Que faire?

Je me rend à l'évidence... Ça ne serait pas prudent de poursuivre ma progression et de possiblement hypothéquer mon futur comme coureur. Mes balises sur l'abandon comme coureur d'ultra-distance ont toujours été claires: une blessure ou un risque potentiel pour ma santé. Il faut dire que côté mental, j'ai toute une tête de cochon. Les statistiques ont fini par me rattraper. Les taux d'abandon sont souvent élevés sur cette distance titanesque (160 km). Ce sera un premier DNF pour moi en 6 départs sur 100 miles. Ça arrive et ce n'est pas la fin du monde!

C'est les yeux pleins d'eau et le coeur gros que je marche en sens inverse pour retourner au camp de base. Ma déception est palpable. Lors de cette marche pénible et douloureuse sur le plan émotif, ma montre meurt comme si on m'envoyait un signe...

J'arrive à la tente et mentionne à Guylaine que malgré le taping, la douleur s'accentue et qu'il n'y a pas de chance à prendre. Ce sera Game Over pour moi! Guylaine me prête gentiment son téléphone pour que je puisse contacter Véro qui est reparti à l'hôtel avec les enfants. Avec le trémolo dans la voix, je lui annonce que j'ai abandonné et que ma douleur a genou s'est poursuivi. Elle venait d'arriver dans le stationnement de l'hôtel. Ce que je ne savais pas à ce moment là, c'était qu'elle me parlait via le bluetooth de sa voiture. Ainsi, les enfants ont entendu notre conversation. Joanie s'est immédiatement mise à pleurer. Un chagrin de déception et d'empathie. Guillaume, ne comprenant pas trop ce qui se passait à poser des questions. Il s'est également mis à pleurer. Guillaume et Joanie ont vu tout l'effort que j'ai mis pour me préparer à cette course et savent qu'il s'agit d'une véritable passion pour moi. Leur sensibilité me touche beaucoup.

Lorsque Véro et les cocos sont arrivés au camp de base pour venir me chercher, je buvais une bonne double IPA avec Stéphane S. (qui a été également contraint à l'abandon puisqu'il s'était tourné une cheville) et avec Frank (un ami coureur qui ne prenait pas le départ et qui était venu nous encourager). Guillaume pleurait toujours à chaude larmes. Je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré fort contre moi. Il était inconsolable. Ce moment d'empathie et de sensibilité est venu me chercher au plus profond de mes émotions. C'est les larmes aux yeux que j'essayais de le consoler (et de me consoler) du mieux que je le pouvais. Je lui ai dit qu'il y en aura d'autres et que mon gros bobo m'empêchait de courir comme il faut. Ce moment marquant demeurera imprégné dans ma mémoire à jamais. C'est un souvenir impérissable qui vaut beaucoup plus que toutes les médailles et les boucles de ceinture. C'est de l'émotion à l'état pur. Parce qu'après tout, il y a la course et il y a aussi la vie...

Prise de recul et réflexions...

Plusieurs semaines ont passé depuis Bromont. Je suis serein avec ma décision. Je ne vous cacherai pas que j'ai eu l'occasion d'y réfléchir longuement. Et si j'avais continué? Et si? Hélas, il me sera impossible de savoir ce qui se serait produit. Je ne veux pas le savoir.

J'ai pris la bonne décision pour ma santé et pour ma pérennité comme coureur. C'est une victoire en soi! Bromont Ultra est là pour rester et il ne perd rien pour attendre...


ÉPILOGUE DE LA SAISON 2016:

Ça y est, la saison 2016 est déjà terminée. L'heure est au bilan. Un bilan plus que positif.

Voici les moments forts de ma saison de course en rafale:

World's End 100 km (21 mai):

Une course très exigeante et sauvage au coeur des montagnes de Pennsylvanie. Un beau weekend de boys, de camping et de camaraderie avec Guy B. et Bruno D. Une première expérience sur la distance de 100 km qui est beaucoup plus demandante qu'un 80 km (c'est tout sauf 20 km de plus!).

Ultimate XC 38 km en amoureux (25 juin):

Une première expérience de course en couple avec ma belle Véronick. 6 heures de bonheur à parcourir les sentiers, le Vietnam, la montée de l'enfer à son rythme à elle. She's the boss! comme on dit. J'ai eu énormément de plaisir à l'accompagner, la soutenir, l'encourager et la conseiller dans sa plus longue course à vie (à ce moment là). Une expérience à renouveler avec grand plaisir!

                                          On est beau, n'est-ce pas?

Tahoe Rim Trail 100 (16-17 juillet):

Un premier 100 miles dans le sud-ouest américain. L'altitude, la magnificience des paysages, l'immensité du Lac Tahoe, des écarts de températures importants, un parcours d'une grande difficulté. Aussi grande que la fierté qui résulte de sa complétion.

Le moment fort du TRT100 fut sans contredit d'avoir l'honneur de courir (lire marcher ici) le dernier 32 km avec mon amoureuse. Le bonheur qui prend un véritable sens puisqu'il est partager. Admirer la beauté des paysages à deux.  Voir Véronick sourire parce qu'elle vient de me voir dormir en marchant. Une ''pacer'' attentionnée et à l'écoute de mes besoins. Vivre la fil d'arrivée avec elle fut magique! Le moment #1 de ma saison 2016.

Les yeux petits mais oh combien fiers!

ET MAINTENANT? QUE ME RÉSERVE 2017?

Pour le moment, je suis inscrit à un 100 miles complètement plat qui se déroule au coeur de l'hiver. Le Beast of Burden 100 (Winter) qui aura lieu le  28 janvier prochain à Lockport NY. Parce qu'il faut sortir de sa zone de confort!

Je prendrai également part à la loterie du Western States pour la 3e année. J'aurai 4 coupons, ce qui représentera sans doute un 10-11% de chance d'être pigé avec le nombre croissant de coureurs qui se qualifient pour cette loterie. Cette pige qui aura lieu le 3 décembre prochain sera déterminante dans la planification de ma saison.

J'ai également d'autres gros projets. À suivre...

jeudi 21 juillet 2016

Tahoe Rim Trail 100 Miles Endurance Run: un aperçu du paradis, un avant-goût de l'enfer!




Le week-end dernier (16-17 juillet), j'ai pris part à ma cinquième course de 100 Miles (101.5 Miles pour être exact) et non la moindre, la Tahoe Rim Trail Endurance Run. Une course avec des paysages magnifiques longeant le titanesque Lac Tahoe mais avec un dénivelé costaud (7 386 mètres). En ce sens,le slogan de cette course est plutôt bien choisi: ''A glimpse of heaven, a taste of hell''. Traduction: un aperçu du paradis, un avant-goût de l'enfer.

La course a lieu a proximité de Carson City (Nevada) et se déroule entre une altitude de 7000 (2135 mètres) et 9000 pieds (2745 mètres), ce qui a ajouté également un niveau de difficulté supplémentaire puisque je n'ai pas eu la chance de m'acclimater à l'altitude.

Les sentiers empruntés au Tahoe Rim Trail sont de type single track, sableux et poussiérieux. Le niveau technique du sentier est faible avec quelques petites roches à l'occasion. Les coureurs effectuent deux boucles de 80.5 km lors de cette course.

Voici un lien pour un aperçu du parcours qui vous donnera une bonne idée:
APERÇU DU PARCOURS

Ce lien vidéo qui dure environ 30 minutes m'a également été très utile dans ma préparation. Il s'agit du récit de course en extrait vidéo d'un sympathique coureur à l'accent italien qui a fait la course en 2015: LIEN VIDÉO

VOYAGE:

Lorsque j'ai choisi cette course (ou que cette course m'a choisi devrais-je plutôt dire puisque pour y entrer, je devais passer par un processus de lotterie), je trouvais qu'il était intéressant de pouvoir jumeler des petites vacances puisque plusieurs belles villes californiennes se trouvent à proximité.

Nous avons donc décollé de Montréal lundi le 11 juillet, ma conjointe Véronick et moi, en direction de Sacramento en Californie.

Le lendemain (mardi 12 juillet), nous avons pris la route pour aller visiter des vignobles dans la vallée de Napa. Le mot d'ordre était de goûter de manière raisonnable puisqu'un gros défi m'attendait le week-end suivant. En premier lieu, nous avons visité le vignoble Inglenook qui est le troisième vignoble le plus ancien dans la région de Napa. Un site magnifique avec un château, des fontaines d'eau, un petit bistro et de l'excellent vin.






I could get used to this life...

Suite à cette visite, nous sommes allé visiter Holman Cellars, un second vignoble (qui était plus un centre de production de vin). Les deux vignerons nous ont fait déguster plusieurs vins (qui étaient excellents également) et nous ont donné beaucoup d'informations sur les étapes et le processus de production. Ce fut une rencontre intéressante et sympathique!

Le mercredi matin (13 juillet), nous sommes allé faire une petite course dans les Marin Headlands, de l'autre côté de San Francisco. Ce site accueille le North Face Endurance Challenge San Francisco. Une belle petite course vallonneuse, parfaite comme activation pré-compétition.

En après-midi, nous sommes allé visité San Francisco et quelques-uns de ses principaux attraits: Union Square, tour de Tramway, Quai 39 et souper dans un bon restaurant.


Union Square


Magnifique vue sur la baie de San Francisco, du haut de Lombard Street. 


La très célèbre Lombard Street


Alcatraz


Quai 39

Le jeudi (14 juillet) était une journée consacrée à se rendre à Carsom City au Nevada ou a lieu la course. Nous avions décidé d'aller jeter un coup d'oeil aux différents endroits où Véronick pouvait me voir pendant la course afin de la rassurer et qu'elle puisse s'y rendre plus facilement le samedi. Le GPS nous a donc fait passer du côté ouest (californien) du Lac Tahoe. En roulant sur l'autoroute, j'aperçois une pancarte avec la ville d'Auburn qui se trouve à quelques miles. Il s'agit du site d'arrivée de la très célèbre Western States Endurance Run (le marathon de Boston du 100 Miles). Nous décidons d'aller y faire un petit tour, histoire de faire le plein d'inspiration. À première vue, on peut penser qu'il ne s'agit que d'une banale piste d'athlétisme d'un High School américain mais ce site est chargé d'histoire et d'émotions. Je n'ose pas trop aller me promener sur la piste. J'aurai l'occasion d'y aller par la grande porte un jour... 




Un peu plus loin sur la route, nous passons près de Squaw Valley (qui est un centre de ski), site du départ de la Western States et site des Jeux Olympiques d'hiver de 1960. Pourquoi pas y arrêter également?



Nous longeons ensuite le Lac Tahoe pour nous rendre au centre de ski Diamond Peak (qui sera le ravitaillement des km 48 et 128 lors de la course). Nous aurons donc deux fois à monter cette pente de ski qui a une portion avec une pente de 40% sur près d'un mile. Un défi doublement costaud m'attend (et je ne savais pas à quel point à ce moment là...).


Nous nous sommes ensuite rendus à l'hôtel de la course où j'ai pris soin de placer tout mon équipement pour la course et de préparer mon drop bag qui serait à remettre le lendemain (vendredi).
En soirée avait lieu le ''meet and greed'', un petit happening se déroulant dans un sympathique pub qui avait pour but de réunir les coureurs et de répondre aux questions.

Le vendredi (15 juillet), c'était la veille de la course. Je commençais sérieusement à être nerveux et excité. Bref, j'avais la chienne. Courir 100 miles est une grosse commande et malgré l'entraînement et l'expérience, rien n'est acquis dans une telle épreuve. Il faut l'aborder humblement et respecter cette distance titanesque.

Après avoir déjeuner et fait une petite trotte d'activation de 3 km avec Véro, je suis allé m'enregistrer et me faire peser.  Les pesées ne sont pas systématiques pendant la course. Elles seront sur demande de l'équipe médicale si celle-ci juge que l'état d'un coureur se dégrade et qu'il y a lieu de vérifier le poids. Mon # de coureur sera le 84. Je vais porter mon drop bag à l'endroit désigné. J'opte pour un seul drop bag à la station Tunnel Creek où l'on passera au total 6 fois (3 fois pour chacune des boucles).

Pour m'aider à bien gérer mon effort, rester dans le moment présent et me donner une idée de mes temps de passage, j'utilise une ''pacing chart'' en bon français. Cela me permet de me faire différents scénarios de temps totaux selon ma progression sur le parcours. La ''pacing chart'' est fait selon une progression constante. Il ne faut donc pas oublier qu'on est à la merci des côtes et dans d'autres cas de sections plus techniques. Cela donne toutefois une bonne idée générale et me permet d'aborder la course un ravito à la fois.




J'arrête également au petit kiosque avec des vêtements à l'effigie de la course pour m'acheter des guêtres (qui matchent parfaitement avec mes souliers) et un buff.


Un autre coureur québécois prenait part à la course, Guy Brouillette (Brew pour les intimes). J'ai passé beaucoup de temps avec Guy avant la course. Ce fut un énorme plaisir d'échanger avec lui avec sa bonne humeur contagieuse, sa passion pour les ultras et la course en sentier et son esprit analytique.

Plus tard dans la journée avait lieu la réunion d'avant-course. Le directeur de course, Georges ''the squirrel'' Ruiz est un sympathique personnage et nous expose les règlements et les grandes lignes de la course. Il affirme que malgré le fait que la course se divise en deux boucles de 80km, la seconde boucle qui sera faite en partie (ou en totalité pour les gazelles) de nuit sera complètement différente.

Ensuite, souper dans un resto italien avec Véro, Guy et sa femme (Lucie) et dodo de bonne heure (8 heures dans mon cas). Ça me prend quelques heures avant de m'endormir puisque je ne fais que penser à la course.


L'AVANT-COURSE:

2 h 00 du matin: le cadran sonne! Je m'habille et je vais déjeuner. Guy vient me rejoindre avec son kilt et son air serein et calme.

Je retourne ensuite à la chambre où ma douce dort encore pour aller chercher mon sac d'hydratation et faire une caresse à Véro. Je ne la reverrai qu'au km 48, au ravito de la station de ski Diamond Peak.

L'organisation de la course a organisé un service de navette (autobus coach) pour se rendre de l'hôtel au départ à 3 h 15. Je m'assois donc avec Guy et nous jasons de tout et de rien (ok, surtout d'ultras ;) ). On est passionné ou on l'est pas... Lorsque nous arrivons à Spooner Lake où a lieu le départ, la température est beaucoup plus fraîche qu'à Carson City. On est plus haut en altitude. J'en profite pour enfiler un petit coupe-vent léger afin de conserver ma chaleur. J'opte également pour le porter jusqu'au levé du soleil ou jusqu'à ce que la température soit plus confortable.


Guy et moi avant le départ! Excités et motivés!

Avant le départ, je prend un petit café dans le runner's lounge et discute avec Guy et d'autres coureurs. Ça passe rapidement, malgré le froid et à 4 h 50, nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Georges (directeur de course) fait jouer l'hymne nationale version guitare électrique. Avant de me séparer de Guy pour aller me placer plus à l'avant, j'aperçois une tente près de la ligne de départ. Je demande à Guy ce que c'est ?!? Il s'agissait d'une tente chauffée pour accueillir les coureurs frileux! Il fallait le dire avant!

Je souhaite bonne course à Guy et me dirige un peu plus en avant mais pas trop quand même. Je ne veux pas partir trop vite et je suis loin de prétendre à un temps de gazelle.


DÉPART À HOBART (0 - 11.3 km):

Le départ se passe assez smooth. Nous faisons environ un mile sur un chemin de terre large assez plat pour finalement dans les sentiers de type single track. Le sentier monte graduellement (en switchbacks) et il est tentant de courir certaines portions peu pentues. Je demeure toutefois conservateur car je sais pertinemment que ce sera une longue journée au bureau. Dès les premières montées, je sens que mon souffle est un peu court. Effet de l'altitude? Il semblerait que oui!

Après plusieurs kilomètres, le lever du soleil et une petite section en descente, nous débouchons sur une route forestière près de Marlett Lake. Cette route monte graduellement alors j'alterne marche et course selon l'angle des pentes. Je possède tout de même un bon rythme et je jase avec plusieurs autres coureurs. Les traditionnelles questions sont de la partie: Est-ce ton premier 100 miles? As-tu déjà couru TRT100? De où viens-tu? (On remarque l'accent québécois!)

Après environ 1 h 30 de course, j'arrive à la station Hobart. Je prend un petit biscuit au chocolate chips. Je ne rempli pas mes bouteilles puisque j'en aurai assez jusqu'à la prochaine station: Tunnel Creek située 8 km plus loin.

HOBART À TUNNEL CREEK (11.3 km - 19.3 km):

S'en suit  une montée qui me mène au sommet de Marlett Peak, où on a une vue imprenable sur le lac Marlett et le lac Tahoe. C'est tout simplement magnifique! Croyez-moi, la photo ne rend aucunement justice à la grandeur du paysage!


La section de parcours entre Hobart et Tunnel Creek, après la montée de Marlett Peak est en pente descendante avec quelques switchbacks. C'est une section assez rapide et il serait facile de s'emporter. Je décide de trotter à un rythme conservateur et je me fais passer par plusieurs coureurs. C'est ma course après tout! Moi contre moi! J'ai beaucoup de plaisir dans cette descente et plusieurs splendides points de vue s'offrent à moi de part et d'autre du sentier.

J'arrive assez rapidement à Tunnel Creek. Je n'ai même pas le temps d'arriver qu'une gentille bénévole me demande si j'ai besoin de mon drop bag et une autre me demande si elle peut remplir mes bouteilles d'eau. Wow! Ça c'est du service! Je prend ma crème solaire dans mon drop bag et en applique. Je suis très sensible au soleil et il n'y a pas l'ombre d'un nuage à l'horizon. Je vais ensuite à la table de nourriture ou je prend un morceau d'orange et deux petit morceaux de patate. Cette station est un des centres névralgiques de la course puisqu'on y arrête souvent. Il y a une ambiance incroyable avec de la bonne musique et des bénévoles en feu. Pour le reste de la course, j'aurai toujours hâte d'y arriver...

Je suis fin prêt pour amorcer la ''Red House Loop'', une boucle d'environ 10 km avec un ravito au milieu qui nous amène au point le plus bas du parcours et qui nous ramènera en haut, à Tunnel Creek.

TUNNEL CREEK À RED HOUSE (19.3 km à 24.1 km):

La descente commence de façon très à pic et je me laisse aller (sans toutefois aller trop vite). S'en suit une petite montée et une section assez roulante qui mène au ravitaillement de Red House. Le rythme est bon et ça passe rapidement.

RED HOUSE À TUNNEL CREEK (24.1 km à 29.8 km):

Après Red House, ça remonte un peu avant d'atteindre une autre section roulante pour finalement connecter avec la grosse descente initiale qui est maintenant une montée. On croise les coureurs qui descendent et tout le monde s'encourage mutuellement. Je croise plusieurs dossards bleu du 55km et du 50 miles et quelques dossards rouge du 100 miles.

La montée se passe bien. Je pèse sur mes genoux en power walk pour me donner un bon rythme.
La musique se fait entendre au loin, signe que j'approche de Tunnel Creek.

J'arrive à la station au rythme endiablé de CAN'T TOUCH THIS!  (pour une pleine expérience de ce résumé de course, faire jouer la musique s.v.p.) Comment ne pas être de bonne humeur?

Je rempli mes bouteilles à nouveau et je mange un petit quelque chose (pardonnez mon oubli...)!

TUNNEL CREEK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (29.8 km à 34.6 km):

Cette section qui comporte des ups and downs fut particulièrement pénible. J'ai des étourdissements et des petits hauts-le-coeur. Bref, je ne me sens pas bien. Le mal de l'altitude fait son oeuvre et ça sape un peu le moral. Début d'un assez long passage à vide. J'ai l'impression de ne pas avancer alors que je maintien tout de même un rythme satisfaisant. j'alterne marche et course selon le dénivelé et je fini par rejoindre Bullwheel, une station avec une vue superbe. Station qui ne comporte que de l'eau et quelques collations.

Je rempli moi-même mes bouteilles d'eau pour apprendre qu'il ne s'agit pas de l'eau mais de l'EFS, boisson électrolytique (équivalent du Gatorade avec un goût salé). J'ai entendu des histoires d'horreur sur cette boisson de coureurs qui ont eu des problèmes d'estomac. Je n'en aurai pas! De toute manière, je n'ai pas le choix puisque des bénévoles sont partis se réapprovisionner en haut. La station se trouve près du sommet de la montagne de ski Diamond Peak et toutes les cruches d'eau ont été montées par le remonte-pente.

Je prend une barre snickers légèrement fondue et je poursuis mon chemin.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À DIAMOND PEAK (34.6 km à 48.3 km):

Cette section fait 13,7 km et représente le plus long segment du parcours. Je ne me sens pas beaucoup mieux, tellement qu'une pensée d'abandon me traverse l'esprit. Je dois rester patient et avancer, ça finira surement par passer. Les 7 premiers kilomètres sont relativement plats et j'alterne marche et course. Je fini par arriver à un croisement ou un spectateur m'indique que Diamond Peak est situé à environ 6 miles et quart (environ 6.8 km) et que la section est toute en descente.

J'amorce la descente et je commence à me sentir un peu mieux. La descente se passe bien et est même plaisante. Je sais aussi qu'en approchant Diamond Peak, je verrai ma belle Véronick. Je lui avais toutefois dit de s'y rendre pour midi et selon ma progression, je risque d'y être un peu avant. J'en profite pour ralentir et marcher un peu. Je me dis également que Véro a surement vérifier le lien avec le ''live timing'' et qu'elle s'y est probablement rendue plus tôt. Je croise un ruisseau et la coureuse qui me précède profite de l'occasion pour tremper sa casquette dans l'eau fraîche. Il commence à faire chaud. Quelle bonne idée! Je l'imite et ça fait du bien.

Je fini par arriver à Diamond Peak vers 11 h 50 et la première personne que j'aperçois est Véro. Je suis tellement heureux de la voir et c'est réciproque. Elle a l'air toute excitée pour moi! Je lui dis que l'altitude m'a affectée mais que la dernière descente a bien été.

Je rempli mes bouteilles d'eau et mange un morceau ou deux de melon d'eau. Véro m'aide à mettre de la glace dans mon bandana placée dans mon cou afin de baisser ma température corporelle.


DIAMOND PEAK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (48.3 km à 51.5 km):

J'embrasse ma douce, lui dit que je l'aime et j'amorce la montée la plus coriace du parcours, la pente de ski de Diamond Peak, 3.2 km jusqu'au ravito de Bullwheen situé au sommet. Ce n'est pas très pentu au début. Il n'y a pas de quoi s'affoler. Après environ 1.5 km, j'arrive à une section extrèmement à pic. Une pente de 40% sur environ un mile. Chaque pas est calculé et la surface est sableuse et instable. Je glisse parfois et j'essaie tant bien que mal de mettre les pieds dans des traces de coureurs qui sont déjà passés par cette galère. Le bandana avec la glace me rafraîchi!

Voici deux photos de cette montée. Le seul soulagement est la vue derrière. Le lac Tahoe est plus grand que nature et c'est la récompense ultime pour cette souffrance.




Je fini par rallier le sommet et une mini-descente me mène à Bullwheel. Dire qu'il va falloir refaire cette montée une deuxième fois dans un peu moins de 80 kilomètres. Vaut mieux ne pas y penser!

Je rempli mes bouteilles avec de l'eau, mange un petit quelque chose et repars pour une section de 4.8 km en direction de ma station préférée Tunnel Creek.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À TUNNEL CREEK (51.5 km à 56.3 km):

Rien de spécial à noter dans cette section... Ah oui, je commence en marchant parce que je suis relativement torché de la montée de Diamond Peak. Je reprend la course graduellement selon les aléas du sentier. Je croise également plusieurs cyclistes sur des vélos de montagne, ce qui me force régulièrement à m'arrêter pour les laisser passer. Heureusement, après Hobart il n'y en aura plus.

J'arrive à la station Tunnel Creek sous la musique de BOMBS OVER BAGHDAD (faire jouer la musique) du groupe OUTKAST. Ça me rend de bonne humeur et j'en ai même des frissons. Je vais mieux et je ne voudrais être nul part ailleurs. Je dis aux bénévoles que c'est une méchante station de party ici.

Ravitaillement (et glace dans le bandana) et on repart pour une plus longue section de 8 km, de retour jusqu'à Hobart. Cette section étant en descente à l'aller sera en montée sur le retour.

TUNNEL CREEK À HOBART (56.3 km à 64.4 km):

Durant ce segment, j'ai maintenu un bon rythme de marche et j'ai mis un peu moins de deux heures (à ma mémoire) pour atteindre Hobart.

J'avais croisé une plaque de neige à l'aller et je décide d'arrêter et de la prendre en photo. C'est une des très rares que l'on peut voir sur le parcours.




La station Hobart comporte une section bar avec des shooters de whisky et de la bière. Bonne idée mais non merci! Après la course, je m'y donnerai à coeur joie! ;)

HOBART À SNOW VALLEY PEAK. (64.4 à 69.2 km):

Je repars de Hobart et distraitement je tourne à droite sur un chemin de terre plus large. 150 mètres plus loin, une coureuse me cri que je suis dans la mauvaise direction. Un énorme merci! Je reviens sur mes pas et je commence l'ascension graduelle me menant vers Snow Valley Peak. Avec Diamond Peak, Snow Valley Peak est également l'un des points les plus élevés de la course à 9000 pieds d'altitude. La montée se passe bien et lorsque je dépasse la ligne des arbres, c'est assez venteux sur les crêtes menant au ravitaillement.

J'arrive au ravitaillement et les bénévoles, comme toujours pendant cette course, s'occupent bien de moi. On rempli mes bouteilles et on m'offre à manger.

Plus que 11 km avant de rallier la mi-parcours et de voir Véro, et tout ça en descente en prime!

SNOW VALLEY PEAK À STONEHENGE (69.2 km à 80.5 km):

Cette section fut réellement plaisante! Je descendais à un bon rythme et je profitais du plaisir de courir en descente. La descente fut très graduelle avec beaucoup de zigs zags. J'ai dépassé quelques coureurs qui marchaient.

À 2.2 km de la mi-parcours, il y avait un petit ravitaillement avec seulement de l'eau et un peu de nourriture. Je rempli mes bouteilles et je repars en courant.

Je fini par arriver à la mi-parcours après 12 h 50 de course donc à 17 h 50. Le ravitaillement Stonehenge se trouve à quelques centaines de mètres de Spooner Lake (finish). Il se nomme ainsi puisqu'il y a plusieurs roches qui font penser au vrai Stonehenge auu Royaume-Uni. Je suis content de voir Véro. Je m'assois, prend un bon quesadilla au fromage avec un verre de coke.

Véro me demande si ça va. Je lui répond que je trouve ça difficile. Elle me répond qu'elle sera avec moi pour la fin. Ça me sécurise et m'encourage. Ça me remonte le moral!

Avant le départ, mon objectif premier était de finir bien entendu mais je convoitait également un finish sous la barre des 30 heures. Je me suis rapidement ravisé dans mon objectif et je désirais désormais finir et ce, peu importe le temps. Ce parcours n'est pas à prendre à la légère et le seul fait de compléter l'épreuve est un accomplissement incroyable.

Après une dizaine de minutes de pause, j'entâme la seconde boucle. J'espère arriver à Hobart avant le coucher du soleil.

STONEHENDGE À HOBART (80.5 km à 91.7 km):

Je repars seul au pas de course (plusieurs coureurs auront un pacers à partir de ce point, je récupérerai la mienne à Diamond Peak, 48 km plus loin) jusqu'au single track ou je monte en marche rapide. Personne devant, personne derrière. Je suis seul et dans ma bulle. Le soleil commence à se coucher graduellement et au rythme auquel je progresse je vais pouvoir me rendre à Hobart avant que les derniers rayons.

J'aboutis à nouveau sur la route forestière près du lac Marlett. Quelques kilomètres plus loin, j'aperçois deux coureurs en sens inverse. Je leur indique qu'ils ont pris le mauvais chemin et qu'ils doivent tourner de bord. Ils me demandent pour combien de distance. Je leur dis un mile environ. Ce sera un peu plus. Je repense à plus tôt lorsque je me suis trompé de chemin... Ça aurait pu être moi!

Je fini par arriver à Hobart vers 8 h du soir. J'en profite pour enfiler mon coupe-vent et prendre un bon bouillon de poulet. La température commence à descendre et la prochaine portion débute sur les crêtes en plein vent. Le bouillon de poulet est tellement réconfortant! Après une courte pause de 5 minutes, je repars! Avant de partir, je troque aussi ma casquette pour mon bandeau et ma frontale.

HOBART À TUNNEL CREEK (91.7 km à 99.8 km):

J'arrive sur le sommet de Marlett Peak en même temps que le coucher du soleil.



Quel merveilleux spectacle. Les rafales de vent sont puissantes et mon coupe-vent me protège bien.
J'amorce ensuite la descente progressive vers la station Tunnel Creek où m'attend mon drop bag. J'en profiterai pour changer de bas et de souliers et pour mettre des pelures supplémentaires sous mon coupe-vent, des petits gants et un buff plus chaud. Il annonce entre 7 et 10 degrés dans les montagnes pendant la nuit et je suis assez frileux.

Je dois ouvrir ma lampe frontale puisque la pénombre fait son arrivée. Je pense à une phrase que j'ai lue dans le livre de Patrice Godin, territoires inconnus: N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit (référence au poème de Dylan Thomas). Je sais que la nuit sera dure seul dans les montagnes. Je devrai affronter mes propres démons intérieurs et le manque de sommeil commencera tôt ou tard à faire son oeuvre.

En alternant course et un peu de marche (puisque la section descend), j'arrive à Tunnel Creek. Je demande mon drop bag et je vois une dame que j'ai vu dans le vidéo de 30 minutes dont je vous parlais dans l'introduction. Elle se nomme Mariosa et c'est une dame d'un certain âge. Je lui demande si elle est bien la Mariosa que j'ai vu dans le vidéo. Elle me répond à l'affirmative et me dit qu'elle va m'aider avec mon drop bag. Je m'assois donc dans la tente chauffée. Son aide est grandement appréciée et je ne manque pas de la remercier à plusieurs reprises. C'est comme une grand-maman gâteau. Elle me donne mes vêtements et m'apporte un bon bouillon de poulet avec des nouilles. Un vrai beaume dans la nuit!

Après cet arrêt un peu long mais non moins primordial, je me dirige vers la descente prononcée de la Red House Loop. Je suis maintenant rendu dans les trois décimales, au-delà de la barre des 100 km. Le vrai combat commence et il sera contre moi-même.

RED HOUSE LOOP #2 (99.8 km à 110.2 km):

Je descend la côte à un bon rythme et lorsque j'arrive dans le bas de la boucle, dans la section plate, je marche beaucoup plus que je ne cours. J'ai le moral un peu à plat et je commence aussi à être un peu sauté. J'arrive tant bien que mal au ravito de Red House où je ne m'éternise pas. Je prendrai une pause plus longue à Tunnel Creek.

Je remonte jusqu'à Tunnel Creek en croisant plusieurs coureurs qui débutent cette boucle. Cette boucle m'a semblé beaucoup plus facile la première fois. Ce fut un vrai calvaire la seconde.

Elle est derrière moi! J'arrive à nouveau à Tunnel Creek. Je vais m'assoir dans la tente et prend un café et un bouillon de poulet avec nouilles sous la douce musique de PROUD MARY de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL (CCR pour les initiés!). Je chante même quelques notes avec les bénévoles: Rollin, Rollin, Rollin on the River!. J'essaie de me remonter le moral comme je peux.

Je décide de repartir mais à peine quelques mètres après le ravito, j'ai froid. Je reviens au ravito pour enfiler une laine Merino sous mon coupe-vent. Je prend un autre café pour me réchauffer. À ce moment, j'ai une pensée d'abandon. Je suis confortable assis dans la chaise et d'autres coureurs abandonnent. Je pense soudainement à Véro et à comment elle serait contente de voir les paysages. À comment je serais content de partager cette expérience avec elle. Plus que 17-18 km avant de la rejoindre et de terminer cette rude épreuve en sa compagnie. Il ne m'en fallait pas plus pour chasser les idées noires. Je pense aussi à cette phrase (dont j'ignore la provenance mais un de mes meilleurs amis se l'ai fait tatoué): ''L'effort est temporaire mais la fierté perdurera pour toujours''

Je repars pour de bon.

TUNNEL CREEK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (110.2 km à 115 km):

À partir de ce point, je marche beaucoup plus et plus longtemps. Je dispose quand même de beaucoup de temps pour terminer puisque le cut-off de la course est de 35 heures (4 h de l'après-midi dimanche) et qu'il est un minuit et demi environ.

Je fini par apercevoir le haut du remonte-pente illuminé, signe que j'approche de Bullwheel.
Arrivé à Bullwheel, la routine se poursuit: remplissage des bouteilles d'eau. Je mange  un demi Fruit 2.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À DIAMOND PEAK (115 km à 128.7 km):

Cette section m'a paru interminable puisque nous contournons plusieurs montagnes. J'avais toujours l'impression de me rapprocher de l'intersection de la descente menant à Diamond Peak mais il y avait toujours une montagne supplémentaire à contourner. Ça ne fini plus... J'avais vraiment hâte de rejoindre Véro et je savais que sa compagnie et son réconfort seraient garants du succès et de la complétion de cette épreuve.

Dans la descente menant à la station de ski, l'éclairage de ma lampe frontale diminue. Il m'est difficile de bien voir les roches et de surcroît, je commence à cogner des clous. Je me donne des petites tapes dans la face, mais en vain.. Ok ça va faire, là je m'en donne une bonne! OUCH! Mais ça fait mal!
Ok, là je suis réveillé!

Un peu plus loin, une envie me prend! J'essaie de trouver un endroit discret pour aller couler un bronze (je trouvais ça plus poétique d'écrire ça comme ça alors voilà).

J'approche drastiquement Diamond Peak. Pendant la nuit, la station de ravito est à l'intérieur afin de diminuer le bruit pour le voisinage.

Je rejoins Véro qui est arrivée là à minuit avec une navette pour ne pas prendre de chance. Je ne la trouve pas tout de suite en entrant dans le chalet et je m'inquiète un  peu. Je fini par l'aperçevoir! Je suis content.  Je m'assois un peu, fatigué pendant qu'elle va aux toilettes avant de partir.

Je me prend une petite barre Snickers au passage et ce sera ma récompense en haut du sommet de Diamond Peak.

DIAMOND PEAK À BULLWHEEL (WATER ONLY) (128.7 km à 131.9 km):

Il est un peu passé 4 h du matin et nous débutons la montée de Diamond Peak à la noirceur. Le soleil devrait se lever lorsque nous serons au sommet. Un beau spectacle nous attend. En montant, je raconte un peu le début de ma course à Véro, mes hauts, mes bas, mes états d'âme.

Elle me remercie de lui faire vivre ce beau moment et je la remercie de m'accompagner et de faire la différence.

La montée est toujours sinon plus difficile que la première fois, la chaleur en moins. C'est abrupte et le sable glisse plus que la première fois. La Montée de l'Enfer du Ultimate XC est une ballade dans le parc à côté de cette colossale ascension...

Bon an mal an, nous rallions le sommet. Véro se retourne plusieurs fois, émerveillée par la vue sur le lac.

Je prend ma snickers bien méritée et nous descendons vers Bullwheel.

BULLWHEEL (WATER ONLY) À TUNNEL CREEK (131.9 km à 136.8 km):

Nous marcherons l'ensemble de la section suivante de 4.8 km jusqu'à Tunnel Creek. Je cogne des clous en marchant. Véro est très attentionnée dans son rôle de paceuse qu'elle prend au sérieux et me demande régulièrement comment je vais. Je lui dit qu'un bon café sera le bienvenue en arrivant à Tunnel Creek.

Nous finissons par arriver (une dernière fois) à mon ravito favori. Je m'assois dans la tente et un gentil bénévole m'apporte un bon café. Il me propose un burrito matin aux oeufs. Je dis oui avec plaisir. Malheureusement, ils ont été populaires et la prochaine ''bach'' n'est pas prête. Après un 5 minutes de pauses, je remercie les bénévoles et je leur dit que c'est de loin la meilleure station de ravitaillement du parcours.

TUNNEL CREEK À HOBART (136.8 km à 144.8 km):

À peine quelques kilomètres après avoir quitté Tunnel Creek, il commence à faire plus chaud. J'enlève mon manteau, ma laine Merino et mes gants et je change mon buff et ma frontale pour une casquette. Véro en profite aussi pour enlever des couches.

Cette section étant en montée et la fatigue accumulée dans les jambes étant très perceptible, nous marchons à un bon rythme.

Je dis à Véro que la vue du Marlett Peak sera formidable et qu'elle va adorer. Je suis si content et étant derrière elle dans les sentiers, je peux voir ses réactions d'enfant émerveillée par la beauté de la nature.

Nous finissons par arriver à Hobart vers 8 h le matin. Selon mes calculs, selon notre rythme de marche et les kilomètres qu'il reste à parcourir, nous devrions arriver un peu après midi, soit un peu après 31 heures de course. Mais rien ne sert de trop se faire d'idée, rien n'est joué tant qu'on est pas rendu.

HOBART À SNOW VALLEY PEAK (144.8 km à 148 km):

Nous entâmons l'ascension progressive jusqu'à Snow Valley Peak. Dans la forêt au début et sur les crêtes ensuite. Je sens que mon mollet est tight et qu'une crampe n'est pas impossible...

Après ce qui ma semblé comme une longue ascension, nous sommes arrivés à Snow Valley Peak. J'avais entendu dire qu'ils avaient du sorbet à cette station et j'avais la gorge qui brulait depuis un bon moment. Je demande donc si, à tout hasard, ils n'auraient pas de sorbet. Le gentil bénévole me propose environ cinq saveurs. J'opte pour un sorbet à la mangue. Quelle révélation! Ça fait un bien énorme à ma gorge et à mon moral avant d'attaquer la dernière section en descente menant à l'arrivée.

Je remercie les sympathiques bénévoles et nous repartons direction le finish!

SNOW VALLEY PEAK AU FINISH (144.8 km à 163.3 km):

Nous débutons le dernier droit toujours sur les crêtes en descente avant de regagner la forêt. Véro et moi en profitons pour bien observer la vue sur le Lac Tahoe afin d'en imprégner notre mémoire. Ma crampe me guette toujours alors nous poursuivons le chemin en marche rapide. Le soleil commence à être particulièrement chaud.

Plus que jamais, j'ai hâte d'arriver et je ne manque pas de le laisser savoir à Véro. Ici et là, nous courons un peu mais c'est toujours la marche rapide qui l'emporte. D'ailleurs, nous commençons à avoir un bon rythme de croisière à la marche.

Je suis maintenant convaincu que mon finish sera entre 31h et 32h, ce qui me convient très bien. Pas de menace de cut-off, le temps de profiter des derniers moments sur le parcours.

Nous finissons par arriver au petit ravitaillement d'eau (à 2.2 km de l'arrivée) et j'avais averti Véro qu'il était inutile d'y arrêter. Je me réhydraterai à l'arrivée avec une bière bien fraîche!

Lorsque nous contournons le lac Spooner, l'arche de d'arrivée et les tentes de l'athlete's lounge sont visibles. Il n'en reste pas beaucoup. Ayant déjà repris le rythme de course, Véro me fait signe que deux coureuses se pointent derrière et me demande si on les laisse passer. Non! On accélère donc sur le chemin plus large pour aboutir dans un sentier étroit. Plus que 200 mètres avant l'arrivée.

C'est main dans la main avec ma belle Véronick que je passe le fil d'arrivée en 31 heures 21 minutes et 45 secondes. Nous nous embrassons et je vais m'asseoir (pour de bon) sur une chaise.

Une bénévole me donne un verre d'eau et Véro va me chercher un San Pellegrino aux pamplemousses. Je la regarde et la remercie de m'avoir accompagné dans cette belle aventure. Mon regard se dirige vers l'arche d'arrivée et j'ai les émotions à fleur de peau.

Je reste assis un bon moment et une bénévole me demande si je vais bien. Je lui répond que oui. Je relaxe! Le directeur de course Georges vient me féliciter et me parler. Quel chic type! Il me dit qu'il est vraiment content que j'aille terminé puisque je viens de loin. Je le félicite pour la grande qualité de son organisation et pour ce magnifique parcours. Nous n'avons pas courses aussi difficiles dans l'est que je lui dis également.

Je fini par me lever de ma chaise pour me rendre au Lounge. Je ne sais plus comment m'habiller: j'ai chaud, j'ai froid. Bref, mon corps est en choc thermique. Rien de bien inquiétant par contre.

Je me prend un burrrito et une bonne bière. Véro me dit qu'elle a demandé un ''late check out'' à l'hôtel et qu'on aurait le temps d'aller prendre une douche avant la ''awards ceremony'' qui a lieu à 16 h. Quelle merveilleuse idée. D'autant plus que mon drop bag n'est toujours pas revenu de Tunnel Creek.

CÉRÉMONIE D'APRÈS COURSE:

C'est avec une ambiance plutôt festive que s'amorce la cérémonie de remise de prix. Georges remercie chaleureusement les membres de son équipe d'organisation ainsi que les super bénévoles.

Il remet les fameuses boucles de ceinture aux finishers, en partant du dernier jusqu'au gagnant. Son approche est personnalisée et il ne manque pas de nous donner quelques anecdotes sur des coureurs/coureuses qu'il connait ou qu'il a appris à connaître ce weekend.

La boucle de ceinture du Tahoe Rim Trail 100 est faite à la main par un artisan local de Carson City.
Voici un vidéo qui relate d'ailleurs son histoire et son processus de fabrication: BUCKLE TRT100

Voici une photo de ma boucle de ceinture. Elle est magnifique, n'est-ce pas?


Je suis extrêmement fier de cet accomplissement et de la manière avec laquelle j'ai géré l'adversité. La tentation d'abandon s'est présentée à plusieurs occasions et j'ai réussi à chasser ces idées noires et à me concentrer sur la tâche à réaliser. À la lumière de ma performance, j'aurais souhaité faire plus de volume et de dénivelé mais heureusement, ma tête de cochon et mon expérience ont compensé.

Je ne l'ai pas volé celle-là, croyez-moi!

ET POUR LA SUITE?

Mon prochain défi est le 160km du Bromont Ultra, le weekend du 8-9 octobre prochain. Eh oui! Une autre course de 100 miles mais dans notre belle province cette fois.

Je suis maintenant en semaine de repos et en vacances et je profite de la vie, des souvenirs et des images pleins la tête...




mercredi 22 juillet 2015

Vermont 100 2015: boucler la boucle!



PRÉAMBULE:

Le weekend dernier (18-19 juillet), je prenais part au Vermont 100 Mile Endurance Run, un ultramarathon de 160 km en sentiers et sur routes de terre. Il s'agissait de ma quatrième course de 100 Miles et de ma deuxième participation au Vermont 100.

En 2013, j'ai pris part à cette course et j'ai terminé en 25h08min. Pour lire le résumé, c'est ici! C'était mon premier 100 Miles et malgré cette première expérience, j'avais été un peu déçu de ne pas terminer sous la mythique barre des 24 heures. Une boucle de ceinture est remise symboliquement aux coureurs qui complètent le parcours en moins d'une journée (24 heures).

J'étais donc de retour 2 ans après afin de boucler la boucle (jeu de mots), doté d'une plus grande expérience sur cette distance monstrueuse, d'une meilleure préparation et d'une volonté à tout rompre. J'étais fin prêt à prendre ma revanche!


PRÉPARATION:

En vue de cette épreuve de taille, j'ai effectué plusieurs bonnes sorties dans les sentiers de Rigaud dont un 55km et un 50km dans les semaines précédent la course. Deux sorties qui se sont très bien déroulées et qui m'ont mis en confiance! De plus, le 31 mai dernier, j'ai pris part au 50 Miles de Cayuga à Ithaca (NY) et j'ai connu une excellente performance en terminant en 10h10min.

Il n'y avait donc aucun doute dans ma tête. La boucle de ceinture était à portée de main! Toutefois, il peut arriver pleins de choses dans une course de 100 Miles et ce, malgré une bonne préparation!

Malgré cette confiance, j'avais un peu la chienne! Un 100 Miles est une grosse commande et malgré le fait que ce soit ma 4e participation sur la distance reine de l'ultramarathon, ça donne toujours un peu peur, avouons-le!


L'AVANT-COURSE:

Je suis parti vendredi matin (17 juillet) avec Bernard, un bon ami qui m'a déjà ''pacé'' deux fois dans des courses de 100 Miles. Bernard était présent pour agir comme équipe technique à certaines stations de ravitaillement et pour courir avec moi comme ''pacer'' pour les derniers 24 miles!

Pour l'occasion, mon père nous accompagnait également afin de me prêter main forte lui aussi en tant que membre de mon équipe technique. Il dormira dans un Bed & Breakfast plutôt qu'en camping comme Bernard et moi.

Nous arrivons au site de course vers 12h15. Le site de la course (Silver Meadow) a un cachet particulier. C'est une énorme clairière où les coureurs ont la possibilité de piquer leur tente à quelques centaines de mètres du départ. Le Vermont 100 a également la particularité d'accueillir une course équestre. Une fois la tente installée, nous nous dirigeons vers le gros chapiteau afin de procéder à l'enregistrement du véhicule (pour le crew), à mon enregistrement et à mon examen médical qui consiste en une pesée et une prise de pression. Mon poids est de 155 livres! et ma pression est bonne! Good to go!

Le poids est pris puisqu'il permet un contrôle médical pendant la course en lien avec la déshydratation. Ainsi, les coureurs peuvent avoir une perte de poids inférieure à 5% sans quoi ils doivent se réhydrater et s'alimenter. Une perte de poids supérieure à 7% = GAME OVER! Au contraire, une prise de poids peut dénoter de l'hyponatrémie!

S'en suit la réunion d'avant-course dans laquelle tous les règlements et les informations importantes sont données aux coureurs, aux crew et aux pacers. C'est également l'occasion de revoir plusieurs coureurs québécois que je croise dans les ultras, Pierre L., Stéphane S. (avec qui j'au couru le Eastern States, l'an dernier), Pat G., Vincent F., Daniel G et Joan R. S'ajoutent quelques visages nouveaux (pour moi): Frédéric G., Serge G., Steve P, Gary B. et Simon.

Après la réunion, place au repas afin de faire le plein d'énergie! Nous en profitons pour parler de course et d'ultras (quelle surprise!). D'agréables discussions en bonne compagnie! Life is good.

Nous retournons ensuite vers le site de camping où nous poursuivons la discussion sur des chaises pliantes, une bonne bière à la main. Une seule!

Ensuite, dodo vers 9h-9h30! Vers minuit et demi, on se fait réveiller par une alarme de voiture. Je vérifie si c'est la mienne! Négatif! Je fini par me rendormir quelques heures puisque le lever est prévu à 2h30.


DÉPART À PRETTY HOUSE (RAVITO #5):

BIP! BIP! BIP! Il est 2h30! Une fine pluie martèle le toit de la tente. Ça y est! Plus que 90 minutes et je m'élancerai sur les sentiers! Je me lève donc afin de laisser Bernard dormir encore une heure environ et je vais me vêtir, me préparer et déjeuner à la voiture. Il ne fait pas particulièrement froid mais je met un petit manteau afin de garder la chaleur. Manteau que je donnerai à Bernard avant le départ!

À 3h30, je réveille Bern et nous nous dirigeons vers le chapiteau où je dois donner mon nom afin de confirmer mon départ. Je suis assez détendu.

à 3h55, je donne mon manteau à Bernard, je souhaite bonne chance aux autres coureurs québécois et je me dirige vers la ligne de départ. Je me place au milieu puisqu'il ne faut pas partit trop vite.

3-2-1, on décolle! Je part d'un pas assez conservateur mais pas trop long tout de même.

Par où commencer un récit de course de 100 Miles? Bien évidemment, je ne décrirai pas chaque kilomètre et chaque tronçon de forêt! De toute façon, je ne me rappelle pas de tout!

J'opte donc pour un petit saut dans le temps qui nous amène un peu passé le kilomètre 24, soit la station #3: Taftsville Bridge. Nous nous retrouvons quelques québécois ensemble: Daniel G., Pat G. , Serge G. Vincent F. et moi! Pat nous fait signe que nous sommes beaucoup trop rapides puisque nous sommes sur un ''pace'' de 16-17h pour le 100 Miles. Ces sages paroles me font mettre la pédale douce un peu.

Un peu plus loin, alors que nous arrivons dans un sentier de type single track, les autres accélèrent dans une descente et je les laisse partir. Je suis déjà en avance sur mes temps de passage et la journée est encore jeune!

J'arrive à Pretty House (km 34),  la première station de ravito accessible aux équipes techniques à 7h40 (en 2013, j'y étais un peu passé 8h). J'avais dit à mon père et Bern que je serais là à... 7h40! Mon équipe n'y est pas! C'est comme une impression de déjà vu (je fais allusion ici au 100 Miles d'Eastern States où j'étais arrivé plus tôt que prévu au premier ravito). Je laisse donc ma lampe frontale à Denis L. qui est venu prêter main forte à Daniel G. en tant que crew. Il la remettra à mon père! Je repars, confiant et déterminé!


PRETTY HOUSE À STAGE ROAD (RAVITO #7):

Un peu plus loin, je rattrape Pat G. S'en suit, une bonne montée qui nous amène dans une clairière en haut d'une montagne. Il s'agit de l'un des points les plus élevés de la course. C'est brumeux et la visibilité est réduite. On se croirait dans un rêve! Je profite du moment!

Encore un peu plus loin (où exactement? Aucune idée!), je cours sur une route de terre, je suis concentré, dans ma bulle! BOOM! Un énorme coup de tonnerre retentit dans le ciel! Je fais le saut! Il n'y en aura qu'un seul!

Je fini par arriver à Stage Road (km 48) ou je vois enfin mon père et Bernard. Avant d'arriver à la station, je lève mon bras dans les airs afin de faire signe à la foule de faire plus de bruit. Ahaha! Bref, je donne un show! Ça démontre très bien mon état d'esprit à ce moment-là! Dans un 100 Miles, je considère chaque station de ravitaillement comme une petite célébration, comme un pas de plus vers la ligne d'arrivée et je désire en profiter au maximum! Un de mes objectifs de course est également de demeurer le plus positif dans les ravitos, malgré la douleur et l'adversité. Bernard et mon père sont très généreux de leur temps et j'en suis grandement reconnaissant.

J'en profite pour leur faire une blague! Je vais vous l'épargner! De toute manière, ce n'est pas le genre de blague qui se raconte sur les internets!

Juste comme je quitte la station, Pat arrive. Il est accompagné d'une solide équipe technique: sa femme, ses filles et un couple d'ami, Charles et Geneviève. À mon arrivée, je leur mentionne que Pat n'est pas loin derrière!

Après avoir échangé mon bandeau pour ma casquette, je quitte rapidement. Le Vermont 100 comprend 25 stations de ravito. Il est donc inutile de s'éterniser inutilement puisque le chrono continue à tourner!


STAGE ROAD À CAMP 10 BEAR #1 (RAVITO #11)


Après à peine quelques centaines de mètres, une bonne montée nous attend. Le genre de montée qui se marche. Je progresse donc à un assez bon rythme. D'autres coureurs me suivent et parlent fort derrière! Étant dans ma bulle, je n'apprécie pas vraiment!

Cette longue section avant d'arriver à Camp 10 Bear (premier passage) se déroule assez rapidement! Je progresse bien et je gère bien l'effort dans les montées et les descentes! Mais où est le plat vous allez me dire? Il est quasi-inexistant sur ce parcours!



J'arrive au premier passage à Camp 10 Bear (km 75) aux alentours de 13h10 (comparativement à 13h46 en 2013)! It's all good! J'en profite pour manger, appliquer de la vaseline vous savez où et pour prendre un bandeau avec de la glace pour me mettre dans le cou afin de me rafraîchir! C'est également le premier point de pesée. La balance indique 152,5 donc une perte normale de 2,5 livres! Good to go!

Je profite de ce bref arrêt aux puits pour faire une blague à mon équipe technique! Je crie: 100 Miles, c'est trop pour moi, c'est trop pour moi! (un petit clin d'oeil aux beaux malaises). Le moral est encore bon. Cela étant dit, je me rapproche dangeureusement de la mi-parcours!


CAMP 10 BEAR #1 À MARGARITAVILLE (RAVITO #14):

Je repars sur la route de terre qui me mènera quelques kilomètres plus loin à une bonne montée qui se nomme Agony Hill! Une très longue montée avec quelques passes plus techniques avec des roches! La patience est de mise! Je passe à mi-parcours (80 km) en 10 heures pile.

Plus tard, je retrouve des routes de gravier et une mouche à chevreuil commence à me suivre! C'est assez désagréable merci! Le moral est encore bon mais l'accumulation de plusieurs montées abruptes me donne l'impression que je n'avance pas très rapidement! It's part of the game!

Une longue montée graduelle nous mène ensuite à Margaritaville(km 94) où m'attendent Bern et mon père. C'est une station décorée au look hawaïen, plutôt cool! Je profite de cet arrêt pour changer de bas, de souliers, de casquette et de chandail. Charles (membre du crew de Pat) me mentionne que Vincent F. est 5 minutes devant moi! Je ne compte pas le rattraper! Le VT100 est une course contre moi-même!

Le changement de vêtement a fait du bien! J'en profite pour remplir ma bouteille à main d'eau avec de la glace et pour boire un peu d'eau de coco riche en sels minéraux. I Le soleil est sorti et il peut faire particulièrement chaud dans les endroits dégagés. Je m'asperge donc d'eau froide en partant! Ça fait du bien!


MARGARITAVILLE À CAMP 10 BEAR #2 (RAVITO #17):

Le changement de vêtements et de souliers me donnent une deuxième vie. J'ai des jambes neuves... NOT! Dans la section qui suit, les descentes commencent à rentrer dans les jambes, particulièrement dans les quadriceps. Je gère ma vitesse de descente afin de ne pas hypothéquer mes quads pour la fin de course comme je l'ai fait en 2013. On apprend de ses erreurs.

Je croise un coureur qui se nomme Eric qui en est à son premier départ sur 100 Miles. Nous discutions un peu et il me demande si un finish sous les 24 heures est raisonnable. Je lui mentionne que oui puisqu'à notre rythme nous arriverons à Camp Bear 10 #2 vers les 18h15. Il nous restera donc 9h45 pour  compléter le dernier 49km. Ça devrait être correct! ;)

Je poursuis ma route seul! Un peu plus loin, j'aperçois Vincent F. et je fini par le rattraper. Il me mentionne que ses quads sont douloureux et que les descentes font mal. Il changera de souliers à Camp 10 Bear. Je poursuis ma route en accélérant légèrement (mais raisonnablement) dans les descentes.

Je fini par arriver à Camp 10 Bear #2 (km 111) à 18h09 (soit 1h10 plus rapidement qu'il y a 2 ans) avec énergie et enthousiasme, ce qui me laisse présager le meilleur pour la suite! Un retour sur la balance indique 152 livres soit 0,5 livres de moins que la dernière fois! C'est négligeable! La plupart des coureurs commencent à courir avec leurs pacers à partir de ce point. Pour ma part, j'ai opté pour la compagnie de Bernard à partir de la station Spirit of 76 (au km 122). Il fait encore clair alors j'opte pour prendre ma lampe frontale à Spirit of 76. Bernard et mon père semblent très impressionné par ma progression et cela m'encourage beaucoup. J'ai également la chance d'avoir des encouragements de la part de Geneviève et Charles qui accompagnent Pat G. C'est très apprécié.


Le regard déterminé je repars!


CAMP 10 BEAR #2 À SPIRIT OF 76 (RAVITO #19):

Une bonne montée suit immédiatement la station de Camp 10 Bear #2. Je la marche rapidement et sans problème! Tout le contraire de 2013! Après quelques kilomètres, nous tombons dans un sentier de type single track. Ce sentier comporte une longue descente et les quadriceps sont sensibles sans m.'empêcher de bien courir pour autant. Des chevaux me dépassent et descendent tranquillement.

La forme est encore relativement bonne et j'ai hâte d'arriver à Spirit of 76 pour poursuivre la route à deux avec Bern! Quelques centaines de mètres avant de rejoindre cette station, une pluie torentielle se met de la partie! Je suis quand même heureux d'arriver à la clarté! Il y a deux ans, j'arrivais à Spirit à la noirceur et dans un état lamentable! La game est complètement différente cette fois!

En arrivant à Spirit, je veux changer de chandail et troquer ma casquette pour un bandeau avec ma lampe frontale. Mon père me dit de m'asseoir sur la chaise avant quoi que ce soit. Qu'il a quelquechose d'important à me dire! Ben voyons, je veux mon chandail! Il me montre alors un vidéo que ma blonde Véronick a fait afin de m'encourager puisqu'elle ne pouvait être présente. Cette belle pensée me touche énormément et m'insuffle une bonne dose de motivation pour le dernier droit!


SPIRIT OF 76 À BILLS (RAVITO #22):

Nous repartons à la pluie battante mais ça ne dure pas très longtemps, heureusement!

Dans la section qui suit, je jogg les sections plates et les descentes. Ça n'avance pas très vite mais ça avance! Je commence à avoir hâte d'arriver mais ce n'est pas fini.

La pluie diluvienne a fait des ravages dans les petits sentiers dans le bois. Beaucoup de boue! Le terrain est glissant et dangeureux par endroit! La prudence est de mise!

La noirceur se met de la partie et nous nous orientons à l'aide de ''glow stick''. Le fond de l'air est très humide et la visibilité est souvent réduite avec la lampe frontale à cause des goutelettes dans l'air!

Le légendaire Bernard y va de quelques blagues: Vous auriez dû nous voir aller... deux larrons en foire! ahaha

'' Il y a plein de rigoles sur la route! On ne rigole plus''
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Bruit de hibou ou de chouette...

- Bernard: Qui a fait ça?
- Moi:Un hibou
- Bernard: C'est peut-être quelqu'un!
- Moi: Est-ce que tu penses que quelqu'un se cache dans le bois à cette heure là pour imiter un hibou?
- Bernard: C'est peut-être un autre coureur? 

Bruit de hibou...

- Bernard: Ah non, t'as raison, c'est un hibou!

Sacré Bernard! Tout un bout en train!

La cloche et l'idiot finissent par arriver à Bill's (km 142)!  Une station qui a un cachet particulier puisqu'elle est dans une grande, en plein milieu d'un champ. Mon objectif était d'y parvenir avant minuit et il est 10h57! Euh...Objectif réussi. Ça représente 2 heures de moins qu'en 2013. Un dernier tour sur le pèse-personne indique: 155 livres soit le même poids que la veille! Je me suis bien réhydraté dans les dernières sections!

Mon père est là et il commence à être fatigué. Je lui dit d'aller se coucher, je lui donne son 4%! Il a été d'une aide précieuse et je ne manque pas de le remercier.

J'ai plus que hâte de terminer et après avoir casser la croûte, je dis à Bern (pardonnez le langage, la supervision des parents est conseillée): On décaliss Bern! Et c'est ce qu'on fait!


BILL'S AU FINISH:

La dernière section est particulièrement difficile avec de bonnes montées. Toutefois, les descentes sont éternelles et j'ai souvent envie d'une montée pour changer le mal de place! Je m'efforce de courir lentement toutes les sections plates et les descentes encore une fois et j'avance un petit pas à la fois. Je dépasse quelques coureurs à la marche et on s'encourage mutuellement. La dernière section est de 18 km. Il en reste moins qu'il en restait comme on dit!

Lorsqu'on arrive dans les simples unités (je parle des kilomètres), à 9 km de l'arrivée, je suis conscient qu''il n'en reste pas gros.

Le dernier 4 km est particulièrement exigeant avec des grosses côtes. On fini par arriver à la pancarte du dernier mile vers 1h55 du matin! La pancarte dit: 99 miles done! 1 to go!

Le dernier  600 mètres est magique! Je savoure au maximum cet instant! De très nombreuses cruches transparentes avec un liquide phosphorescent illuminent le sentier. C'est féérique! Bernard me fait le décompte des centaines de mètres me séparant de la ligne d'arrivée! Quelle sensation incroyable! Je tape dans la main à Bernard et le remercie quelques centaines de mètres avant le finish.

Dans un cri d'extase et en levant les bras fièrement en l'air, je boucle le parcours dans un temps de 22h08min45sec. Ça représente À LA MINUTE PRÈS une amélioration de 3 heures sur ce parcours en 2 ans. Je suis comblé de bonheur. Je serre Bernard dans mes bras.Quel sentiment de puissance que de passer cette ligne d'arrivée! ''Impossible is not a fact, it's an opinion''

Bien que j'accorde peu d'importance aux résultats, je termine tout de même en 60ème place sur 220 coureurs ayant terminé l'épreuve.


L'APRÈS COURSE:

Nous allons ensuite à la tente où je me change et je tente de dormir un peu. Les courbatures m'empêchent de fermer l'oeil! L'adrénaline aussi je crois! Je repense à cette longue journée au bureau avec beaucoup de fierté! Je repense également à tout le chemin parcouru pour en arriver là! Une longue route sinueuse comme celle du Vermont!

À 7h15, je me lève et j'aperçois Joan et Pat qui viennent d'aller se laver dans le petit étang. Nous prenons des nouvelles! Pat a malheureusement été contraint à l'abandon à cause d'une blessure au tenndon d'achille... Joan a eu quelques difficultés et terminé en 18h57. Dieu que j'aimerais avoir une de ses mauvaises journées ahah!

Joan dit, en nous voyant marcher comme des cowboys: ''Mais quel sport de con!''
Ça me fait sourire! Quel beau sport également!

Un peu avant d'aller me saucer, je m'asseois avec mes comparses. Bernard vient nous rejoindre. S'en suit un déjeuner houblonné! Joan m'offre une bière. Sans regarder je prend une bière avec l'étiquette argentée en pensant que c'était une Blanche de Chambly! Et bien non, c'était une Fin du Monde à 9%. Ça réveille sur un moyen temps! ahahah Un vrai déjeuner de champion! ;)

Ensuite, saucette dans l'étang et on se dirige tant bien que mal au chapiteau pour voir les derniers coureurs terminer et pour la remise des prix. C'est l'occasion de se raconter nos expériences et de prendre des nouvelles des autres! L'esprit de camaraderie règne et c'est ce qui fait la beauté de la course de trail!

Je reçois enfin l'ultime récompense! La boucle de ceinture! Une autre à ajouter à mes trophées de chasse! ;)




ET MAINTENANT?

Une semaine de repos complet bien méritée! Ça tombe bien, je suis en vacances encore jusqu'au 10 août! Pour le reste de la saison, je planifie faire le 35 km du XC de la Vallée à St-Raymond! Une course assez technique qui offre un bon défi malgré la plus courte distance.

Ensuite, je serai sur le départ du 80 km du Bromont Ultra le 10 octobre, en préparation pour le clou du spectacle de la saison les 138 km de la Transmartinique! Un ultra sur une île paradisiaque, pourquoi pas? ;)

Je tiens à remercier, encore une fois Bernard et mon père François pour leur support et leur motivation tout au long de cette aventure. Merci également à mon coach Éric pour la préparation de feu!

Maintenant, vacances, repos et réhydratation (et non je ne parle pas d'eau)! Cheers!